Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Erquy

Cale et abri du canot de sauvetage

Type de dossier : individuel Date de l'enquête : 2005

Désignation

Dénomination : cale ; abri
Partie(s) constituante(s) non étudiée(s) : cale ; abri

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : Domaine public maritime
Numéro INSEE de la commune : 22054
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Milieu d'implantation : isolé

Historique

Commentaire historique : La première maison-abri, située en bout de jetée, au port d'Erquy, asséchant à marée basse, fut construite en 1903 et la concession liquidée en 1931 (dessin de Martin Pénet). Elle fut transférée en 1935 à la pointe d'Erquy. L'abri du canot de sauvetage, équipé d'une longue cale, est situé dans l'anse des Célezes-Port Blanc, sur le site du cap d'Erquy. Il a été construit en 1935 pour la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, sur les plans de l'architecte Jean Gagey (1933). Une route d'accès par le haut de la falaise et une rampe conduisant à la nouvelle station ont été aménagées par le Département et la commune d'Erquy. Sur le fronton, on peut remarquer une sculpture représentant une ancre, oeuvre du maître carrier Augustin Rault (père). Un phare de grande puissance était placé sur le fronton de la façade pour éclairer la cale. L'abri est désaffecté depuis 1966, date à laquelle le bateau de sauvetage "Vice-Amiral Courbet" fut envoyé pour réparation aux chantiers Brosselin à la Landriais. Cependant il ne revint jamais à Erquy. La cale subit des aménagements fréquents et fut allongée à plusieurs reprises. En 1965, des sondages révélèrent des fissures, qui la rendaient dangereuse pour les sorties à marée basse. Elle fut donc abandonnée. L'abri est aujourd'hui régulièrement "squatté" et subit des dommages. Le bout de la cale est endommagé. La déshérence du bâtiment participe de sa dégradation.
Datation(s) principale(s) : 2e quart 20e siècle
Date(s) : 1935 ; 1966
Justification de la datation : daté par travaux historiques

Description

Commentaire descriptif : Le premier abri du canot de sauvetage mesurait 26 mètres de long et la cale environ 50 mètres. Le 2ème bâtiment pour l'abri du canot de sauvetage est un bâtiment rectangulaire, constitué d'un rez-de-chaussée avec une toiture voûtée. Les murs sont construits en moellons de grès cimentés (20 x 30 x 33 cm), avec une couverture en forme de voûte en béton armé, comprenant des verres encastrés, qui assurent l'éclairage à l'exclusion de toute fenêtre. La voûte est recouverte de toile goudronnée. Sept ouvertures sous la toiture apportent de la lumière. Un magasin à essence est édifié en dehors de l'abri. L'éclairage de nuit était assuré par un groupe électrogène. Un linteau en grès long de 6 mètres garnit le fronton de l'ouverture principale côté mer, avec une ancre de marine sculptée par Augustin Rault (père). Mesures du bâtiment : 15 mètres de longueur et 6 mètres de largeur intérieure, hauteur : 10 mètres. Une porte en bois ferme le bâtiment. La cale de lancement, équipée de rails de 158 cm d'écartement, a une longueur totale de 128 mètres. Elle est accessible à toutes les marées. La cale est éboulée à son extrémité. A l'intérieur du bâtiment, un chariot et un treuil rouillés.
L'abri est prolongé sur sa partie sud-ouest par un mur de soutènement de 30 mètres de longueur en moellons de grès.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : moellon ; grès ; béton
Matériau(x) de couverture : béton en couverture ; bitume
Parti de plan : plan rectangulaire régulier
Type et nature du couvrement : voûte en berceau
Type de la couverture : toit en carène
Dimensions : 1500 l ; 600 la
Etat de conservation : menacé ; mauvais état

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à étudier
Observations : Oeuvre de l'architecte Jean Gagey et propriété de la SNSM, l'ancien abri du canot de sauvetage d'Erquy mériterait d'être restauré et d'être affecté à une nouvelle activité maritime.

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété privée

Vue générale de l'abri de sauvetage d'Erquy aujourd'hui


Documentation

Documents d'archives

AD Côtes-d'Armor. Série S ; sous-série Série S Sup. 184Plan aquarellé : demande de concession en 1903 pour le premier abri de sauvetage.

Bibliographie

PENET, Martin.La Glaneuse. Pléneuf-Val-André : Association Le Glaneuse, 1990.

Docteur Pillet. Le sauvetage au temps des avirons et de la voile. Douarnenez : Editions Le Chasse-Marée-Armen.

BROUARD, Jean-Yves. Les canots de sauvetage de chez nous. Boulogne : Editions MDM, 1999.



Annexes

  1. L'abri du canot de sauvetage

    L'abri du canot de sauvetage, désaffecté de nos jours, fut construit en 1935 par la Société de Sauvetage des Naufragés pour abriter le second canot de sauvetage d'Erquy, le "Vice-Amiral Courbet". La décision de transférer l'abri du canot de la dune de la plage du bourg, où il était situé depuis 1903 (avec le canot à rames "Marie"), à la crique du Port-Blanc, fut prise en 1935. Le motif évoqué était le suivant : Il est possible d'y trouver, avec un abri suffisant, une grande profondeur d'eau à peu de distance de la côte.
    Les plans de l'abri, d'une conception toute nouvelle (voûte en béton armé), furent l'oeuvre de Gagey, ingénieur, inspecteur de la Société Centrale de Sauvetage et membre du Comité de Sauvetage d'Erquy. Un magasin à essence fut édifié en dehors de l'abri. Un phare de grande puissance, placé au fronton de l'édifice éclairait la cale de lancement d'une longueur totale de 128 mètres. Un groupe électrogène en assurait l'alimentation.

    C'est sur cette cale que le 28 juillet 1935 fut baptisé le canot tout temps "Vice-Amiral Courbet", au milieu d'une foule immense, en présence du vice-amiral Le Vavasseur, représentant le vice-amiral Lacaze, et de deux torpilleurs de la 2ème escadre de l'Atlantique.
    De 1935 à 1966, le canot de sauvetage d'Erquy accomplit 42 sorties, sans compter celles qu'il dut faire pendant la guerre sur réquisition des Allemands. Il fut légèrement endommagé lors de la Libération.

    En 1965, un examen de la cale révéla des fissures qui pouvaient être dangereuses pour les sorties à marée basse. La Société décida d'effectuer des réparations. Pendant cette période, le "Vice-Amiral Courbet" devait être mouillé en Rance à La Richardais où il fut conduit le 17 septembre 1966. Malheureusement, les réparations n'eurent jamais lieu, faute de crédits. En mars 1969, le canot de sauvetage fut affecté à la station de La Palice, où il fut définitivement désarmé en 1974.
    Depuis cette date, l'abri de sauvetage ne fut plus utilisé. La grande porte de bois fut arrachée par les tempêtes et le matériel intérieur, notamment le treuil, qui permettait de hisser le bateau dans son abri, fut attaqué inexorablement par la rouille.


  2. Le premier abri du canot de sauvetage d'Erquy (Synthèse d'après le texte de Martin Pénet (revue "La Glaneuse", 1990).

    Le premier abri de sauvetage d'Erquy était situé sur la dune de la plage du bourg d'Erquy, entre le café du port et l'hôtel Beauregard. La cale longue de 50 m était souvent ensablée. Le treuil à main du chariot était actionné par deux hommes de chaque côté, pour faire descendre le canot à marée haute. Il était ensuite libéré de son chariot avec un palan. C'était toujours le sous-patron qui tenait le timon pour guider la descente. Le patron du canot surveillait la manoeuvre mais n'y participait pas. Aimé Névot fut l'un des premiers patrons de "La Marie", à son neuvage. Pour descendre le canot à marée basse, on utilisait un attelage de chevaux et pour le remonter, on disposait des "tins" sous les quilles du canot.


  3. La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés et la création de la première station de sauvetage d'Erquy

    Synthèse d'après le texte de Martin Pénet dans la revue "La Glaneuse", 1990.

    La Société Centrale des Naufragés fut créée le 12 février 1865, présidée par son fondateur, l'amiral Rigault de Grenouilly. D'autre-part, en 1873, Henri Nadault de Buffon, avocat général à la cour de Rennes, fonda la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons (H.S.B.) qui mit en place un réseau de sauvetage opérant sur les côtes bretonnes.
    En plus des canots de sauvetage, la S.C.S. installa rapidement sur le littoral de nombreux postes lance-amarre portatifs, confiés au personnel des Douanes. Ils remplaçaient les canots de sauvetage pour porter secours aux bateaux naufragés près de la côte, et étaient équipés d'un système de va-et-vient avec le bateau.
    Cependant, pour pouvoir intervenir par tous les temps et dans les endroits les plus dangereux, la S.C.S. adopta un type d'embarcation à la fois rapide et maniable : la baleinière construite en bois.
    Tous les canots étaient à poste fixe dans leur abri sur un chariot roulant. La mise à l'eau s'effectuait sur une cale propre à l'abri, au moyen d'un treuil. La cale pouvait être équipée de rails pour faciliter la mise à l'eau.
    En 1903, la S.C.S. entretenait 101 stations de canots et plus de 400 postes de lance-amarre ou de secours.
    Erquy figurait sur les cartes de la S.C.S. comme poste lance-amarre dès les années 1870, mais la fondation de la station n'intervint qu'en 1903.
    Cette maison-abri fut construite aux frais de la S.C.S. sur un terrain domanial, à une faible hauteur au-dessus de la laisse des plus hautes mers.
    Le conseil d'administration de la S.C.S. adopta le 20 février 1903 "un projet de budget pour deux canots neufs du dernier modèle, commandés au chantier naval Augustin Normand du Havre, destinés à Erquy et Arcachon".
    La S.C.S. reçut une donation de particuliers, M. et Mme Vianelli, pour couvrir l'ensemble des frais d'établissement de la station de canots d'Erquy. Selon la coutume, le canot d'Erquy fut baptisé "Marie" du prénom et selon le voeu de la donatrice, Marie Vianelli. Le comité local de la station était notamment composé de Lemordan de Langourian (maire et président), de Pincemin (garde-maritime et secrétaire trésorier), de Kerjégu (armateur et membre).
    Le 15 octobre 1967, la S.C.S. et les Hospitaliers Sauveteurs bretons (H.S.B.) s'unirent en la société Nationale des Sauvetages en Mer (S.N.S.M.), dont le premier président fut l'amiral Amman. Après avoir fonctionné de 1969 à 1978, avec un zodiac de type Mark III équipé d'un moteur hors-bord de 40 CV, la station, présidée par Robert Le Guen, remit ce matériel aux corps des sapeurs-pompiers d'Erquy, et créa par la suite une "flottille auxiliaire de sauvetage", avec les marins-pêcheurs Claude et Marcel Gaudu, Jean-Noël Le Moal et quelques autres. En 1990, la station d'Erquy fut pourvue d'une vedette d'intervention rapide de 2ème classe "Ville de Plancoët" (longue de 10 mètres pour une vitesse maximum de 23 noeuds).


  4. L'immeuble abri du canot de sauvetage, au lieu dit "Le cap d'Erquy", construit en 1934/35 par la société centrale de sauvetage des naufragés (ex. Société nationale pour la sauvegarde des la vie humaine et le sauvetage des naufragés en mer et sur les côtes), appartient depuis le 14 novembre 1980 à la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM). Il comprend l'ancien abri de sauvetage et un petit bâtiment au nord-ouest, anciennement réserve de carburant. L'ensemble est alimenté en courant électrique par une ligne souterraine. Un chemin d'accès aux dits immeubles prend naissance au chemin Crèvecoeur au corps de garde. Le tout cadastré en section 1E, n° 78 et 77. Cependant, les numéros 78 et 158 sont du domaine public de l'Etat. Une partie du terrain dont celui de la cale (320 m²) et de l'abri (241 m²), fait partie du domaine public maritime, concédé à la société. Les objets figurant à l'inventaire : un treuil avec câble, un moteur à essence quatre cylindres, un chariot sur rails.




Illustrations

Fig. 1
Plan aquarellé : demande de concession en 1903 pour le premier abri de sauvetage (AD 22)
Fig. 2
Mise à l'eau du canot de sauvetage d'Erquy Vice Amiral Courbet à la nouvelle cale
Fig. 3
Dessin de Martin Pénet : la 1ère maison-abri de sauvetage d'Erquy
Fig. 4
Vue générale de l'abri de sauvetage d'Erquy aujourd'hui
Fig. 5
Vue du bâtiment de l'abri de sauvetage, côté ouest
Fig. 6
Situation de l'abri de sauvetage dans l'anse du Port-Blanc, avec les murets de protection au pied de la falaise
Fig. 7
Le bâtiment et la cale protégés des vents d'est par le cap d'Erquy
Fig. 8
Vue en plongée du bâtiment (voûte en béton) et de la cale à mi-marée
Fig. 9
La façade antérieure du bâtiment avec la réserve de gazoil
Fig. 10
Vue en plongée de la falaise : façade est du bâtiment
Fig. 11
L'entrée principale de l'abri de sauvetage avec la cale et les rails
Fig. 12
Le fronton du bâtiment avec le linteau en grès sculpté par Augustin Rault (père)
Fig. 13
L'ancien treuil pour la mise à l'eau du canot sur rail
Fig. 14
L'ancien chariot de mise à l'eau du canot
Fig. 15
La cale longue dans son environnement à marée basse
Fig. 16
Le bout de la cale
Fig. 17
La cale aujourd'hui très endommagée

Voir

Erquy, Présentation de la commune d'Erquy
Erquy, Abri, voies ferrées, établissements des eaux, ponts, passerelles, ports et phares sur la commune d'Erquy

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2005. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)