Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Erquy, Ilot Saint-Michel

Chapelle Saint-Michel

Type de dossier : individuel Date de l'enquête : 2005

Désignation

Dénomination : chapelle
Vocable : Saint-Michel

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : 1810 589 B ; 1987 A 8
Numéro INSEE de la commune : 22054
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Milieu d'implantation : isolé

Historique

Commentaire historique : Depuis le Moyen Age, le rocher Saint-Michel a vu se succéder plusieurs édifices, lieux de festivité et de dévotion.
Si l'on en croit la légende, de nombreux bateaux auraient sombré dans les parages de l'îlot, qui aurait servi de lieu de sépultures. Le rescapé d'un naufrage aurait fait voeu de piété et aurait commandé la construction d'un oratoire.
D'après les recherches de l'historien J.P. Le Gal la Salle, la chapelle Saint-Michel de "La Roche au Nay" aurait été fondée à une date inconnue par les moines cisterciens de l'abbaye de Saint-Aubin des Bois (Plédéliac), qui possédaient sur la garenne d'Erquy, l'établissement et le fief de la Moinerie. Au cours du 13ème siècle, l'abbaye était devenue le plus grand propriétaire foncier et féodal d'Erquy, après le comte de Penthièvre. Les moines utilisaient à cette époque les pêcheries autour de l'îlot.
1249 : à cette date, le testament d'une riche propriétaire locale nommée Haîssa, qui léguait 12 deniers à l'église de la "Roche au Nai", faisait mention de la chapelle. L'ilot est propriété publique de la commune.

1640 : les différents recteurs de l'époque se plaignaient que les quêtes de la chapelle Saint-Michel revenaient uniquement aux moines...
1725 : la chapelle était en état de culte à cette date et le recteur écrivait :
Il y a une chapelle sous l'invocation de Saint-Michel à 3 quarts de lieue du bourg, bâtie sur un rocher avancé dans la mer qui, par le reflux couvrant le passage, oblige les moines Bernardins, qui s'en disent seigneurs, à dire la messe tous les ans, le jour de la saint Michel, sur la grève dans un coin de rocher, couvert d'une tente (...). Ce qui met en grand danger d'accident le Saint Sacrifice. Ce dont Monseigneur informé, défendit qu'on célébra la messe sous la dite tente, néanmoins elle a toujours été continuée dans ce même lieu par les dits religieux.

Les rochers de ce lieu ont été par la suite appelés "les roches prêcheresses".

1789 : la chapelle a survécu à la Révolution. Elle est mentionnée dans le cadastre de 1785 et de 1810 (589 B). Un ermite aurait, semble-t-il, vécu sur l'îlot à la fin du 19ème siècle. L'îlot appartient au domaine communal.

1879 : les paroissiens d´Erquy s´émurent de l´état de délabrement du sanctuaire et cherchèrent un financement pour sa reconstruction. Le 21 mars 1880, le conseil municipal d´Erquy prenait connaissance d´une lettre du préfet des Côtes-du-Nord : Je n´ai trouvé aucune indication sur la nature de cette chapelle qui n´a sans doute aucun titre officiel. La dépense de sa construction ne peut incomber à la commune ni même constituer une charge obligatoire pour la fabrique. Fort de cette information, le conseil municipal déclarait : Qu´il ne voit aucun obstacle à ce que la fabrique fasse opérer la reconstruction (...) avec ses fonds libres et avec ceux provenant de dons ou souscriptions particulières ; la commune ne pouvant, en aucun cas, s´engager dans la dépense à faire. Le même jour, le conseil autorisait la fabrique, pour les besoins de construction, à extraire le sable et les pierres sur les lieux.

1881 : sur les plans de l'architecte briochin, Jules Morvan, la chapelle est reconstruite et inaugurée avec bénédiction le 9 octobre 1881.

1939-1945 : durant l'occupation allemande, les abords de l'îlot sont rendus difficulles en raison du minage des dunes et de la plage. C'est en effectuant des tirs d'artillerie d'entraînement qu'un obus allemand percuta le clocheton de la chapelle et le fit s'écrouler. Il fut reconstruit après la guerre, et le culte avec son pardon put enfin reprendre.

1948 : cette date annonçait le dernier pardon de la chapelle et son abandon progressif par les fidèles. Elle fut ensuite utilisée par les pêcheurs pour s'abriter en cas de mauvais temps. Le mobilier, la porte et la statue de saint Michel allaient disparaître.

1987 : le coup de vent du 27 octobre 1987 fit tomber à nouveau le clocheton. L'archange saint Michel eut les ailes brisées. Cependant, la municipalité de l'époque fit réparer aussitôt les dégâts. La chapelle aurait servi d'abri pour les pêcheurs à pied.

2002-2003 : la chapelle est entièrement rénovée par une équipe de bénévoles, réunie en association "Les amis de la chapelle Saint-Michel", avec le soutien financier du Conseil général des Côtes d'Armor, du Conseil régional de Bretagne, de la municipalité d'Erquy et de la fondation Langlois. Renouant avec la tradition, le renouveau du pardon de saint Michel s'est déroulé le 29 septembre 2003 avec une messe dite en plein air et une procession rassemblant près d'un millier de personnes.

Durant les années 2002-2004, une équipe de bénévoles va réhabiliter la chapelle Saint-Michel, en acheminant 15 tonnes de matériaux au sommet de l'île. Un doris, embarcation traditionnelle, sera utilisé pour l'occasion :

- le 18 novembre, l'entreprise Moullec de Lamballe commençait le dégradage intérieur du vieux ciment au burin et marteau ;
- en février 2003, ce fut la pause de l'autel en "tau". Le chantier de maçonnerie terminé, il fallut encore évacuer 3 m3 de gravats et tout le matériel ;
- en avril 2003, madame Cocar, maître verrier, après avoir réalisé de nouveaux vitraux, assurait leur mise en place ;
- en mai 2003, le ferronier Armand Sort d'Erquy, intervenait pour la pose de la porte d'entrée neuve en fer forgé ;
- en Juin 2003, la sculpture polychrome effectuée par C. Gruer, fut posée au-dessus de l'autel ;
- en 2004, le sol recevait un nouveau dallage, la toiture en ardoise était entièrement refaite et une nouvelle cloche était installée.
Datation(s) principale(s) : 4e quart 19e siècle
Date(s) : 1881
Justification de la datation : daté par travaux historiques
Auteur(s) : Morvan, Jules (architecte)
Justification de l'attribution : attribué par source

Description

Commentaire descriptif : Edifice de style néogothique et de plan rectangulaire construit en moellons de grès rose équarris extraits de la carrière de la Fosse Eyrand. Il est couvert d'un toit en bâtière. Les enduits intérieurs ont été réalisés à la chaux. Les nouveaux vitraux sont en pierre de verre, illustrés par des repésentations symboliques : sable, mer, rochers, oiseaux, une vague qui déferle, réalisés par Christine Cocar, maître verrier à Saint-Brieuc. Un nouvel autel remplace l'ancien autel construit en chêne. Le prie Dieu et une porte en bois ont été dévastés lors d'un pillage. Le bas relief de l'autel représente une copie d'une oeuvre d'art polychrome, s'inspirant de l'abbaye de Solesmes, intitulé : "la tempête apaisée". Au-dessus du clocher, une sculpture représentant un ange déchu, terrassé par saint Michel. La nouvelle cloche fondue à Villedieu-Les-Poèles a été installée et baptisée en 2002 avec cette épitaphe gravée : "Béni soit le seigneur mon rocher".
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : grès ; moellon
Matériau(x) de couverture : ardoise
Vaisseau(x) et étage(s) : 1 vaisseau
Type de la couverture : toit en bâtière
Etat de conservation : restauré ; remanié

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune

Vue générale de la chapelle Saint-Michel sur son îlot à marée basse


Documentation

Documents d'archives

Mairie d'Erquy. Extrait du cadastre 1810, section B des Hôpitaux : Ile et chapelle Saint-Michel.



Annexes

  1. La légende de l'îlot Saint-Michel

    L'îlot Saint-Michel porte une chapelle dédiée à l'archange saint Michel. Jadis, l'îlot était rattaché au littoral. Dans ce temps là, le diable voyageait sur la terre et saint Michel voulait l'en empêcher. Le diable résolut d'enlever le saint et, à la tête de tous ses démons, il se mit à sa poursuite. L'archange se dririgea du côté de la mer et, arrivé sur le bout de la pointe qui forme aujourd'hui l'îlot, il regarda en arrière et frappa le sol du pied. Au même instant s'ouvrit une tranchée par laquelle la mer entra. Le diable et ses diablotins trop engagés sur la pointe furent entraînés dans les flots. Depuis cette époque, le diable ne vient plus sur la terre ; en souvenir de ce miracle on éleva plus tard à saint Michel une chapelle sur l'îlot, et, quand elle fut bâtie, les rochers devinrent rouges ainsi que la pointe qui est en face. D'après un autre récit, les rochers prirent cette couleur lorque saint Michel posa le pied dessus. Synthèse d'après le récit de Pierre Amiot.




Illustrations

Fig. 1
Extrait du cadastre 1810, section B des Hôpitaux : Ile et chapelle Saint-Michel
Fig. 2
Cadastre 1810 : la chapelle et l'ïlot Saint-Michel
Fig. 3
Vue générale de la chapelle Saint-Michel sur son îlot à marée basse
Fig. 4
Vue de la chapelle au début du 20ème siècle avant restauration
Fig. 5
Le chantier bénévole de restauration de la chapelle : 18 tonnes de matériaux nécessaires
Fig. 6
Echafaudage de la façade antérieure par les bénévoles de l'association
Fig. 7
Echafaudage de la façade antérieure
Fig. 8
Le transport des ouvriers de l'association
Fig. 9
Le nouvel autel avec son bas-relief : la tempête apaisée, oeuvre d'art polychrome (reproduction de l'abbaye de Solesmes)
Fig. 10
La chapelle vue des roches Prêcheresses et des dunes de sable de la plage Saint-Michel
Fig. 11
La chapelle dans son environnement maritime
Fig. 12
Une approche minérale du monument
Fig. 13
La chapelle : un amer remarquable pour les marins et un repère pour les terriens
Fig. 14
Vue générale de la chapelle Saint-Michel sur son îlot à marée basse
Fig. 15
Sous la chapelle : l'emplacement de la tombe d'un marin noyè
Fig. 16
Le clocher de la chapelle et la cloche fondue en 2002 : Béni soit seigneur mon rocher
Fig. 17
Détails du clocher : l'ange déchu terrassé par Saint-Michel
Fig. 18
La façade ouest de la chapelle : les bas-côtés en pierre de tout-venant
Fig. 19
La porte d'entrée de la chapelle (grille ouverte), dont la façade a été rejointoyée
Fig. 20
Le parement en moellons a été taillé à la carrière de la Fosse Eyrand
Fig. 21
Détail d'un vitrail : occulus en pierre de verre (les ailes de saint Michel)

Voir

Erquy, Présentation de la commune d'Erquy
Erquy, Les églises, chapelles, croix de chemin et monuments aux morts sur la commune d'Erquy

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2005. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)