Inventaire général du patrimoine culturel
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Etables-sur-Mer

Les villas Legris

Type de dossier : collectif Date de l'enquête : 2007

Désignation

Dénomination : villas
Décompte des oeuvres recensées : 18 repérées ; 0 étudiée

Compléments de localisation

Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor

Historique

Commentaire historique : En 1878, Oscar Legris (1844-1911), riche industriel de Versailles, s'intéresse à l'industrie balnéaire et monte ses premières cabines de bain et un service de bains chauds à la plage des Godelins. Entre 1890 et 1900, il finance l'aménagement d'un quai (qui porte aujourd'hui son nom) aux Godelins, y faisant édifier des escaliers d'accès et ensuite 85 cabines en bois, l'avenue qui mène à cette plage et l'aménagement de tout un quartier (le lotissement du Domaine des Grottes) par le percement de tout un réseau de voies nouvelles après s'être rendu propriétaire de nombreux terrains (plus de 50 acquisitions totalisant 8 à 9 ha). L'avenue Victoria (entre le croisement de la rue Maréchal Foch et la villa "Perseverenza" ou villa Legris), les rues Théodore Botrel, de Brest, de Vincennes, de Nanterre, datent de cette époque. En bordure de ces voies privées, Legris fait construire dans un premier temps 18 villas de taille différente (dont la sienne), notamment celles de l'avenue principale. La première villa est la maison "Roc Maria". Certaines villas sont décorées par le mosaïste Isidore Odorico fils : la villa du grand Caruhel, la villa de M° Guilbert, architecte de Legris, l'ancien hôtel des Gôdeliens et la villa Ker Uhella. L'avenue, plantée d'ormes, est remplacée aujourd'hui par des tilleuls. L'accès principal de ce quartier se faisait alors par le chemin rural qui prolongeait l'avenue, axe du lotissement, jusqu'à la rue de la république, sans lien directe avec le bourg (desservi par le chemin de fer). Jean Heurtel, maire de l'époque, négociant en gros, suivait avec beaucoup d'attention et soutenait les projets de Oscar Legris, contre l'avis de l'ancien maire Paul Ruellan, en particulier à propos de la construction en 1898 d'une voie nouvelle, qui devait joindre le bourg au nouveau quartier et à la plage des Godelins. Cependant, le projet du "boulevard Legris" fut approuvé, avec une subvention de Legris. L'arrêté portait classement et construction du chemin vicinal n°2 en date du 25 novembre 1898. Cette voie mesure 1215 mètres de longueur et 8 mètres de largeur. En 1900, tout est réalisé comme prévu. Par la suite, Legris va louer ses villas meublées avec sa cabine de bain mais aussi vendre les terrains du lotissement, pour qu'y soient aussi édifiées de nouvelles villas ; chaque acquéreur étant tenu de se conformer strictement au règlement d'urbanisme (édicté par le vendeur) commun à l'ensemble du lotissement et repris dans chaque acte de vente. De même en 1906, Legris vend un terrain à la famille Mahéas pour construire l'hôtel Bellevue et l'hôtel de la Plage. Le calvaire des Gôdeliens, situé aujourd'hui dans la descente de la plage au niveau du parking intermédiaire, fut offert par Eugène Legris en 1922 en souvenir de son épouse, belle-fille d'Oscar Legris, décédée l'année précédente.
Datation(s) principale(s) : 1er quart 20e siècle

Description

Commentaire descriptif : Les 17 villas, hors la villa Legris, sont de taille différente : 7 petites, 2 moyennes, 4 grandes, 2 petites jumelles et 2 grandes jumelles, mais de conception identique, situées en bordure de l'avenue Victoria, du boulevard Legris et de la rue du Cdt. Charcot. Ces villas, parfois décorés par Odorico en mosaïque, sont construites avec les matériaux suivants : schiste, grès, granite et brique pour les encadrements. Ces villas portent un nom féminin commençant par une lettre de l'alphabet : Amélie, Béatrix, Charlotte, Denise (aujourd'hui Saint-Denis), Elisabeth, Flore, Germaine, Henri, Henriette, Isabelle, Jeanne, (Ker Odon), Lucie, Madeleine (la Korrigane), Noémi, Olga, Praxède, Radegonde et Solange.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : granite ; brique ; schiste ; grès ; moellon
Matériau(x) de couverture : ardoise

La villa Legris, construite en 1897 (collection particulière)


Annexes

  1. Témoignage de Séverine Reverchon, descendante de la famille Legris
    Transcription de l'association "Etables entre terre et mer", non daté.

    Séverine Reverchon, descendante de la famille Legris raconte : "Mon aïeul, Charlemagne fut le premier de la famille Legris a faire fortune. Installé à Monneville dans l'Oise il épouse Victoria Têtu. Tous deux tenaient un commerce de type mini-supermarché. Ils ont commencé à faire des petits sachets de teinture pour les femmes qui voulaient teindre leurs tabliers en bleu.
    Quelques temps plus tard à la suite d'un voyage en Kabylie où ils virent les femmes faire des teintures de toutes les couleurs, Monsieur et Madame Legris vinrent s'installer à Versailles pour y fonder une usine de teinture textile : "La Kabyline", ce fut un succès à l'époque !
    Victoria Têtu était elle-même fille de Clément Pithon, entrepreneur de travaux publics du château de Versailles. Elle est née et a vécu jusqu'à son mariage dans cette ville royale.
    A Versailles la famille Legris a habité un des Chantiers puis s'est installée au Chesnay. Décédé en 1911 des suites d'un accident de voiture Oscar Legris repose au cimetière des Gonards à Versailles auprès de son épouse décédée le 8 septembre 1935.
    L'histoire de notre station balnéaire et de nos plages commence tel un conte de légende :
    "Dans les années 1900, un monsieur très à l'aise, de Versailles achète tous les terrains qui bordent la falaise ... Il n'y avait alors que des petits sentiers qui descendaient vers la mer et où paissaient les chèvres ..."
    Monsieur Legris, devenu industriel à Versailles, s'était depuis de nombreuses années documenté sur les bains de mer et l'on sait qu'à Etables, dès 1878, quelques parisiens venaient y passer l'été et fréquentaient la "Grotte de la Vierge", II voulu donc créer à Etables une station balnéaire de renom, à l'image de Saint Quay, plage sur laquelle se donnaient depuis longtemps des bains de pieds chauds.
    Monsieur Legris monta des cabines et fit quérir les baigneurs à la descente de la diligence par une jeune femme de 24 ans qui avait travaillé naguère à Saint Quay et habitait à la Ville Malo : Madame Rosalie Le Gallais.
    Son rôle, racontera celle-ci 50 ans plus tard, était d'aller chercher des clients à l'arrivée de la diligence et de les orienter vers Etables ... "Je vantais les cabines, les bains chauds et tous les éléments de confort qu'on y trouvait. A la plage je donnais des bains de mer chauds. J'avais à cet effet des salles équipées de baignoires en fonte émaillée". A l'aide d'une pompe, il fallait faire monter l'eau dans la chaudière que l'on chauffait au bois. Les bains coûtaient cent sous, les bains de pieds deux sous. Pour ce même prix, je lavais également les costumes et les espadrilles".
    Les consommations étaient à deux sous, mais il n'y avait pas de pourboires. Pour distraire les "baigneurs", on organisait de grandes fêtes. Certains soirs toute la route de la plage - une route toute nouvelle était couverte de lanternes dont, à la nuit, l'éclat illuminait les farandoles. "Ah, aimait à répéter, Madame Le Gallais, "les batailles de confettis que les enfants essoufflés achetaient à pleines poches, et les bolées de cidre pour un sou ".
    Monsieur Legris mourut en 1911 et 3 ans après finit la belle époque de la plage, la guerre 1914-1918 paralysa toute la station. Après la Première Guerre Mondiale les affaires reprennent un peu, mais une baisse régulière de fréquentation s'amorce. Les estivants boudent Etables, les autres passent sans s'arrêter. Le grand hôtel Bellevue et celui de la Plage, où en 1911 on avait un petit déjeuner pour 75 centimes, une chambre à 2 frs 50 la nuit et un repas pour 3 frs, trouva ses activités très ralenties. Les saisons se sont écoulées et il a fallu l'instauration des "Congés Payés" pour redonner vie à la station.
    La guerre de 1939 - 1943 porte un dernier coup à la plage des Godelins : Les Allemands voulant rester maîtres des Côtes abîmèrent les cabines et plantèrent des pieux dans le sable pour empêcher tout débarquement. Les plages devinrent interdites parce que minées. Ainsi s'éteignirent tous les souvenirs de l'époque 1900,
    Trois choses survécurent, trois choses que ni le temps ni les Allemands n'attaquèrent : La Villa Persévéranza, villa appelée communément "Château Legris" Le beau calvaire offert par la famille Legris en 1922 qui se trouvait alors sur la route qui descend aux Godelins, il est aujourd'hui un peu plus bas dans le premier parking de la plage et les jolies villas qui, identiques et rectilignes, donnent un aspect coquet à l'avenue baptisée "Avenue Victoria" en 1930, par reconnaissance envers Madame Legris.
    Oscar Legris avait en effet revendu à diverses familles, et à prix coûtant/ tous les terrains achetés deux sous le mètre par lui. La revente avait eu lieu "sous la seule condition de construire dans un certain délai et selon des normes identiques". Le fondateur du lotissement avait en outre décide que chacune des villas construites porterait un prénom commençant chacune par les lettres de l'alphabet. D'où les petites villas de l'Avenue Victoria qui attirent la curiosité des estivants et se prénomment, d'un côté : "Amélie", "Béatrix", "Charlotte", "Denys", "Elisabeth", "Flore", "Germaine", "Henry", "Jean" (devenue par la suite les "Marmousets"), de l'autre côté : "Odon" (par la suite Ker Odon), Olga, Praxède, Radegonde, Solange etc.
    C'est aussi en souvenir de Monsieur et Madame Legris que, depuis 1930, le Boulevard qui du Parc de la Belle Issue, descend à la plage des Godelins, porte le non de "Boulevard Legris".
    Un autre lieu d'Etables conserve également le souvenir de Madame Legris : la "Pointe Victoria1' au dessus des Godelins, entre la "Pointe du Vau Burel" et la "Pointe du Corps de Garde". Sans doute est-ce là, devant ce panorama sauvage mais largement ouvert sur la mer, qu'elle entrevit pour la première fois, il y a aujourd'hui presque un siècle la grande oeuvre tagarine à laquelle son mari s'était consacré.


  2. Aménagement des voies publiques et privées :

    Pour améliorer l'accès du nouveau quartier en venant de Saint-Brieuc, le chemin communal compris entre l'entrée de la voie privée dite "avenue Victoria" et la rue de la République fut porté à 10 mètres de largeur sur une longueur de 45 mètres, après approbation préfectorale du 30 mai 1901. Mais les travaux ne semblent avoir été réalisés qu'en 1925 ou 1926 par un certain Louis Guilmin, terrassier à Saint-Quay-Portrieux. Le conseil municipal fit dresser en 1907 des plans de classement et d'ouverture à 6 mètres de largeur des chemins ruraux, qui furent appelés par la suite : rue Maréchal Foch, rue de la Mer, rue du Tertre Vert et Chemin du Tertre de l'Aubois.
    Oscar Legris disparut en 1911 et la guerre survint. Ces évènements contribuèrent à retarder la modernisation de ces voies privées, en ce qui concerne l'évacuation des eaux usées. C'est ainsi que le conseil municipal fut amené à classer dans la voirie publique communale l'avenue Victoria en 1934. La descente à la plage qui avait été construite dans le cadre de l'exécution du boulevard en 1898, était fréquemment dégradée par les eaux de ruissellement et menacée par des éboulis de la falaise et les coulées de boue. Un projet de renforcement et d'aménagement fut mis à l'étude à la suite de délibérations du conseil municipal des 23 avril 1933 et du 5 avril 1934. Un marché de travaux fut passé avec l'entrepreneur Le Mezec pour l'aménagement d'un trottoir et des balustrades entre l'hôtel Bellevue et la plage, la construction d'un rond-point au bas de la descente et l'érection d'un plongeoir sur le Rocher David.


  3. Les villas Legris

    Oscar Legris avait revendu à diverses familles, et à prix coûtant tous les terrains achetés deux sous le mètre par lui même. La revente avait eu lieu "sous la seule condition de construire dans un certain délai et selon des normes identiques". Le fondateur du lotissement avait en outre décidé que chacune des villas construites porterait un prénom commençant chacune par les lettres de 1'alphabet. D'où les petites villas de l'Avenue Victoria qui attirent la curiosité des estivants et se prénomment, d'un côté : "Amélie", "Béatrix", "Charlotte", "Denys", "Elisabeth", "Flore", "Germaine", "Henry", "Jean" (devenue par la suite les "Marmousets"), de l'autre côté : "Odon" (par la suite Ker Odon), Olga, Praxède, Radegonde, Solange etc.
    C'est aussi en souvenir de Monsieur et Madame Legris que, depuis 1930, le Boulevard qui, du Parc de la Belle Issue, descend à la plage des Godelins, porte le non de "Boulevard Legris".
    Un autre lieu d'Etables conserve également le souvenir de Madame Legris : la "Pointe Victoria" au dessus des Godelins, entre la "Pointe du Vau Burel" et la "Pointe du Corps de Garde". Sans doute est-ce là, devant ce panorama sauvage mais largement ouvert sur la mer, qu'elle entrevit pour la première fois, il y a aujourd'hui presque un siècle la grande oeuvre tagarine à laquelle son mari s'était consacré.




Illustrations

Fig. 1
Extrait cadastral : situation des terrains acquis par Legris au début du 20ème siècle sur la frange côtière (collection particulière)
Fig. 2
Extrait cadastral : situation des terrains acquis par Legris au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 3
La villa Legris, construite en 1897 (collection particulière)
Fig. 4
Portrait de Oscar et de Victoria Legris (collection particulière)
Fig. 5
Le Village des Grottes, premier lotissement de Legris, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 6
Le site des grottes à la plage des Godelins et les villas jumelles sur la falaise (AD22, Fonds Barat)
Fig. 7
L'avenue Legris : véritable promenade ombragée des riches vacanciers, souvent propriétaires des villas Legris, 1er quart 20ème siècle (AD 22)
Fig. 8
L'avenue Legris, appelée avenue Victoria aujourd'hui, au début du 20ème siècle : remarquer l'avenue bien arborée (collection particulière)
Fig. 9
Le village des Grottes en construction et l'avenue Victoria au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 10
L'avenue Victoria au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 11
Les villas du bd Legris, au début du 20ème siècle, en bordure de champs cultivés (collection particulière)
Fig. 12
L'avenue Legris, au début du 20ème siècle : remarquer la jeune allée d'arbres (collection particulière)
Fig. 13
La villa Legris et son escalier privé (Hutte aux Coucous) qui descend à la plage des Godelins, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 14
Les premières villas Legris, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 15
La villa Persévéranza de la famille Legris, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 16
La villa Ker-Yvon, antérieure aux villas Legris, datée de la fin du 19ème siècle, située à l'entrée du bourg d'Erables (collection particulière)
Fig. 17
Liste des acquéreurs des terrains du lotissement Legris, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 18
Liste des acquéreurs des terrains du lotissement Legris, au début du 20ème siècle (collection particulière)
Fig. 19
Villa Legris avec entourage des ouvertures en briques
Fig. 20
Type de villa dite Legris, décoré à l'extérieur par le céramiste Odorico
Fig. 21
La villa personnelle de Oscar Legris : façade sud
Fig. 22
Ancienne écurie Mahéas derrière l'Hôtel Bellevue
Fig. 23
Ecurie pour les chevaux des attelages de la villa Castel Riant
Fig. 24
Type de villa construite au temps de développement de la station touristique : castel Riant, rue de la République (lieu dit : village Lacour)

Voir

Etables-sur-Mer, Présentation de la commune d'Etables-sur-Mer

Voir aussi

Etables-sur-Mer, Les manoirs, maisons, fermes logis et immeubles à logement sur la commune d'Etables-sur-Mer

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2007 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2007. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)