(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008

Bretagne, Côtes-d'Armor

Penvénan, Port-Blanc (le)

Chapelle Notre-Dame du Port-Blanc

Type de dossier : individuel Date de l'enquête : 2008

Désignation

Dénomination : chapelle

Compléments de localisation

Numéro INSEE de la commune : 22166
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Canton : Tréguier
Milieu d'implantation : en village

Historique

Commentaire historique : Cette chapelle à demi enterrée, ne possédant qu'un seul bas côté, n'est à l'origine qu'une simple tour de guet avec un campanile, utilisé par tous les seigneurs des environs pour défendre la baie du port de Saint-Gildas. Dès le 14ème siècle, un oratoire dédié à Sainte Marie est construit. En 1492, des Soldats anglais, débarqués à Saint-Gildas, préfèrent faire demi-tour, après avoir confondu des fougères avec des soldats. Pour honorer ce miracle, une nouvelle chapelle est édifiée. Au 16ème siècle, une fois la Bretagne rattachée à la France, le rôle religieux de l'édifice prime sur son rôle défensif. Un nouveau choeur est alors construit.
L'édifice actuel date du 16ème siècle.
La chaire hexagonale, en bois polychrome, datée de 1634, montre sur le dosseret la représentation d'un sablier au centre d'un cadran d'horloge. L'originalité de cette chaire réside dans le fait que le chiffre 11 n'apparaît pas tandis que le chiffre 12 est inscrit deux fois.

Les invasions ennemies étaient si fréquentes que les habitants invoquèrent la protection de la Vierge ; C'est ainsi qu'à la fin du XVème siècle, ils décidèrent de lui confier leur sauvegarde et lui édifièrent une chapelle neuve...

Les étapes de sa construction reflètent étroitement les péripéties de l'histoire...
Le poste de garde (actuelle sacristie), épais massif au nord date du 13ème siècle.
Un édifice rectangulaire fut rajouter pendant la seconde moitié du 15ème siècle au sud du poste de garde.
Vers la fin du 15ème siècle furent construits un pignon à l'Ouest avec ses 2 portails, et un escalier à vis dans le poste de garde. Puis vers 1525, le choeur fut agrandit avec une entrée Sud entraînant le percement de l'ancien chevet.
Datation(s) principale(s) : 13e siècle ; 15e siècle ; 16e siècle

Description

Commentaire descriptif : La caractéristique de cette chapelle est sa grande toiture à longs pans, entre deux larges pignons. L'édifice de plan rectangulaire, comprend une nef avec collatéral Sud de quatre gravées et un choeur à chevet palt avec deux collatéraux de deux travées. La nef est couverte d'une voûte lambrissée en forme de berceau brisé. Le pignon Ouest est surmonté par un petit c locher-mur, élégant et simple. On peut remarquer une influence anglaise dans certains détails de l'architecture. On peut encore remarquer le calvaire, situé à proximité, le mur d'enceinte et l'escalier extérieur en pierres de taile.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : moellon ; granite ; pierre de taille
Matériau(x) de couverture : schiste en couverture
Parti de plan : plan rectangulaire régulier
Type de la couverture : toit à longs pans
Technique du décor : maçonnerie
Etat de conservation : bon état

Intérêt de l'oeuvre

Oeuvre repérée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune

Vue générale


Documentation

Bibliographie

LE BRAZ, Anatole. La légende de la mort. Marseille : J. Lafitte, 1982. 1ère édition 1893.

LE BRAZ, Anatole. Vieilles chapelles de Bretagne. Paris, 1928.



Annexes

  1. Extrait de 'Pâques d'Islande', Anatole Le Braz, 1897

    Il n'y a pas de chapelle bretonne qui réalise mieux que celle de Port-Blanc le type du sanctuaire marin.
    Elle est bâtie au fond de l'anse, à mi pente de la colline, sur une sorte de palier auquel on accède par une soixantaine de gradins, creusés à même le granit, qui affleure ici de toutes parts à travers la maigre écorce du sol. En bas est la fontaine sacrée, avec son antique margelle aux trois quarts usée par une dévotion séculaire. Nul ne manque de faire ses ablutions avant de monter la fruste 'scala santa', 1897 où, les jours de pardon, les pèlerins ont coutume de se traîner à genoux. En haut, vous franchissez un échalier de pierre et vous pénétrez dans un enclos nu, tapissé d'un gazon lépreux. Le mur d'enceinte, effondré par Places, a désormais pour unique destination d'abriter les moutons égarés qui y viennent chercher un refuge contre le vent, ou de fournir une zone d'ombre aux fillettes du hameau qui s'y réunissent pour jouer aux osselets, entre deux classes. Aucune végétation arborescente n'y saurait pousser.
    Même la fougère, cette dernière et fidèle amie des terres déshéritées, n'a pu trouver à prendre racine en ce site ingrat. Jadis pourtant elle s'y épanouissait à foison, s'il faut en croire la tradition locale, et voici dans quelles circonstances miraculeuses elle disparut :
    Sept navires, dit une vieille chanson, sept navires, voguant de conserve, quittèrent le port de Londres pour faire voile vers la basse Bretagne, dans le dessein d'y débarquer et d'y mettre le peuple à mort.
    Mais Notre-Dame Marie du Port-Blanc a sa maison sur la hauteur. Elle a vu, de loin, les Anglais : elle ne laissera pas mourir son peuple.
    Il y a de la fougère autour de sa chapelle, et avec cette fougère elle fait des soldats pour empêcher l'Anglais de descendre, et elle lance vers le Port-Blanc cent mille hommes armés, sinon plus.
    Devant des forces aussi imposantes, les pirates n'eurent d'autre ressource que de s'enfuir. Quant aux fougères changées en soldats, la complainte ne dit pas ce qu'elles devinrent ni si elles reprirent l'ancienne forme. En tout cas, elles n'ont pas fait souche dans la région. La chapelle occupe l'angle septentrional de l'enclos.
    C'est un vieil édifice de la fin du 15ème siècle ou du commencement du 16ème siècle. Elle se rencogne, se tapit, se terre presque, ainsi qu'une bête peureuse qui tremble d'être battue : elle en a tant essuyé, de bourrasques et de coups de vent ! Sa pauvre échine d'ardoise en est toute gondolée, toute meurtrie. Les murs, tassés lourdement, s'élèvent d'un mètre à peine au-dessus du sol ; ils ont des tons de roche brute, sont hérissés de lichens, de mousses grisâtres, et les ruisselantes pluies d'hiver y ont sculpté des vermiculures, des dessins étranges, d'extravagants hiéroglyphes. N'y cherchez point trace d'autres ornements, si ce n'est dans le porche et dans la fenêtres à rosace du chevet.
    Mais l'intérieur surtout est saisissant : un jour sombre, l'humidité d'une cave ; pour pavé, une mosaïque de galets ; d'énormes piliers massifs, des voûtes surbaissées, comme dans une crypte, des statues barbares de saints, à demi rongées, pareilles à de très antiques idoles ; çà et là des ex-voto singuliers : une touffe de varech, par exemple, arrachée de quelque récif et à laquelle se cramponna, sans doute, quelque naufragé en détresse. Tel quel, dans son délabrement et sa vétusté, les pêcheurs chérissent leur sanctuaire. Et, s'ils le laissent en aussi piteux état, ce n'est point par incurie, mais, au contraire, par scrupule. Ils croiraient commettre un sacrilège en touchant à la maison de la sainte, fût-ce pour l'embellir. Voyez saint Gonéry de Plougrescant, vous diront-ils : depuis qu'on lui a construit une église neuve, il est de mauvaise humeur et ne fait plus de miracles. Mieux entretenue, notre chapelle plairait moins à celle qui l'habite.
    Celle qui l'habite, c'est Notre-Dame Marie du Port-Blanc - cousine de Notre-Dame Marie de la Clarté, dont le sanctuaire fait face au sien, au sommet d'un morne parallèle, par-delà le pays de Perros, et à qui elle va chaque année rendre visite, par mer, la veille de son -pardon. C'est une Vierge puissante, propice aux marins, secourable à leurs femmes, protectrice de ceux qui restent et de ceux qui s'en vont. Elle se dresse dans le choeur, au-dessus du maître-autel, une main appuyée à l'ancre de salut, l'autre tendue, la paume ouverte, pour conjurer le péril des eaux ; et elle trône là, dans l'ombre, en sa longue robe de mousseline empesée, la tête ceinte d'une tiare d'or.
    Il ne manque pas, sur cette côte, de vieux ou de jeunes mécréa les uns préfèrent la messe de l'aubergiste à celle du recteur, sous prétexte, les uns que le sermon est trop ennuyeux, les autres que le bourg est trop loin. Mais à ceux-là mêmes, leur premier soin, le dimanche, après s'être débarbouillés à l'auge du puits, est de monter, isolés ou par groupes, les marches qui conduisent à la chapelle. Ils ont prélevé deux sous - le prix d'une chopine - sur leur prêt de semaine, pour offrir à Notre-Dame une votive chandelle de suif. Et, tandis qu'elle grésille et flambe, en compagnie de vingt autres, dans le brûle-cierges tout maculé de larmes de graisse, ils font bien dévotement leur prière à l'Étoile des mers, à la Madone blanche et enrubannée, immobile depuis des siècles derrière le jubé qui ferme le choeur. "

    Le Braz a noté une légende racontée par Marie-Hyacinthe Toulouzan, de Port-Blanc, qui met en scène une princesse nommée la Princesse rouge. Selon la légende, de nombreuses messes noires auraient été célébrées dans la chapelle Notre-Dame de Port-Blanc. En voici i l'histoire :

    Le Pardon de Notre-Dame de Port-Blanc

    Il a lieu le 15 août. Entre 400 et 500 personnes y assistent. La couleur bleue domine ; c'est la couleur de Marie. Des hortensias bleus décorent un filet de pêche. La croix bleue des marins ouvre la procession. Quatre petits garçons de huit ans, habillés en marins, se relaient pour porter une goélette en souvenir de la grande pêche d'Islande. Des fillettes portent une petite Vierge dorée, d'autres l'escortent en tenant des rubans bleus. La statue de Notre-Dame est portée par deux marins pêcheurs.
    Durant la procession, on chante des chants dédiés à la Vierge Marie, ainsi que des chants bretons et on se rend au port. On dépose une gerbe à la mer en souvenir des personnes disparues durant l'année écoulée. On demande que la pêche soit bonne et la protection des marins.


  2. Du 12ème au 16ème siècle, la vie mystique de Penvénan nous est relatée par la présence de nombreuses chapelles : Saint Modez, sur la route de Pellinec, Saint Gonval sur la route de Buguélès, Saint Gildas en l'Ile où les moines franciscains firent construire la chapelle en 1451, Saint Nicolas (protecteur des gens de mer) à Buguélès, Notre Dame de Port-Blanc érigée sur l'emplacement d'une tour de guet (aujourd'hui la sacristie). L'église paroissiale actuelle, Notre Dame de Penvénan, fut quand à elle construite en 1837 sur l'emplacement d'une première construction du 12ème siècle. De nombreux calvaires et croix balisent encore nos chemins et témoignent d'une importante activité côtière, Croas-Squijou, Croas-Braban.




Illustrations

Doc. 1
Vue du calvaire et de la chapelle du Port-Blanc, 1er quart 20ème siècle (carte postale, AD 22)
Doc. 2
La chapelle du Port-Blanc, 1er quart 20ème siècle (carte postale, AD 22)
Fig. 1
Vue générale

Voir

Penvénan, Présentation de la commune de Penvénan

(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008. Chercheur(s) : Prigent Guy. Renseignements : Centre de Documentation de l'inventaire culturel, Tél. : 02 22 93 98 29 / 31 / 40. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)