Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Pleumeur-Bodou, Agathon (île)

Carrières de l'Ile Agathon

Type de dossier : ensemble ; sous-dossier Date de l'enquête : 2006

Désignation

Dénomination : carrières
Appellation et titre : Ile Canton
Partie(s) constituante(s) non étudiée(s) : quai ; forge ; chemin de fer ; cabanes ; croix

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : 1819, A1
Numéro INSEE de la commune : 22198
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Canton : Perros-Guirec
Milieu d'implantation : isolé

Historique

Commentaire historique : Au 1er quart du 19ème siècle, l'Île Canton ou Agathon dépendait de l'abbaye de Bégard, comme le hameau de Pen Lan et la chapelle de Penvern à Trébeurden (cadastre napoléonien). L'île Agathon est la propriété de la commune de Pleumeur-Bodou qui louait le terrain à l'exploitant qui en faisait la demande. C'est ainsi qu'en 1888 une concession fut accordée à Louis Le Loët. En 1907, l'île Canton et l'île aux Renards sont affermées à Eugène Le Loët et Casimir Belloir. Le dernier exploitant fut Louis Roïc.
Les carrières de l'île Agathon :
- au nord-est : la plus grande carrière de l'île, une des plus importantes hors estran, qui fut exploitée jusqu'à une date récente, avec un quai de chargement à proximité ;
- au sud-ouest de l'île, la carrière de Toul ar Laer, importante surface travaillée de 2500 m2, peu profonde ; François Guyon en fut l'exploitant à partir de 1965 ;
- sur la pointe nord, deux excavations et des restes de construction ;
- sur la façade sud, une petite carrière ;
- sur la pointe sud-est : deux petites excavations entaillent la falaise, en front de mer.
Un personnage original : le "père Guyon" y vécut pendant toute l´occupation allemande durant la dernière guerre mondiale. Il s´était bâti sa "maison" : simple abri en pierres sèches avec une paillasse de fougères et repas de berniques cuites au feu de goémon séché.
Louis Roïc fils qui travaillait aussi à Kastel Erec avait développé son chantier de taille sur la grande carrière de l´île Agathon. Après son décès, ses fils continueront le travail jusqu´en 1989. A cette date toute activité cesse à l'Ile Grande sauf à l´île Agathon où elle continuera encore quelque temps.
Datation(s) principale(s) : 4e quart 19e siècle ; 20e siècle

Description

Commentaire descriptif : L´Ile Agathon mesure presque un kilomètre d'ouest en est (avec son estran), avec une largeur maximum de 500 mètres en son centre. Elle comprend trois branches, chacune large de 200 mètres environ, avec un point haut à 11 mètres. Une grande partie de l'île est composée de sables dunaires. A l'extrémité de chacune des trois branches, le sol granitique affleure et a été largement exploité. Deux croix antiques, sont les vestiges possibles d´un très ancien lieu d´inhumation : chapelle enfouie sous la dune. Le couvert végétal est ici important (lande à bruyère). Outre la lande, se trouve un bois de pins plantés en 1920.
La plus grande carrière de l'île Agathon se trouve sur la branche nord-est, face à la pointe de Toul ar Staon. Elle atteint une surface de 4 000 m² et une profondeur de 10 mètres. Les anciens bâtiments : forge et abris pour la taille sont en ruine.
Une jetée s'avançant sur l'estran avec une voie ferrée type Decauville permettait le chargement des bateaux à marée haute. C'est une des plus grandes carrières existant sur les îles en dehors de l'estran.
L´île Agathon nous offre une variante de granite, un granite de couleur ocre à grains légèrement supérieurs. Il est nommé Agathon ou Canton. Il a été intensément exploité.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : granite
Etat de conservation : désaffecté ; vestiges ; inégal suivant les parties

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à étudier
Observations : La carrière de l'Île Agathon et ses multiples équipement (à l'état de vestiges) méritent d'être conservés et signalés comme le bâti littoral et l'ancien quai de débarquement. Ces vestiges, témoins d'une ancienne activité, mériteraient d'être interprétés dans le cadre d'un itinéraire culturel des carrières.

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune

Vue générale de la grande carrière ennoyée
L'Île dite Aganton en 1774 (Carte des ingénieurs géographes)


Annexes

  1. L'évolution de l'Île Aganton

    Synthèse d'après le rapport de J.P. Pinot "L'évolution du littoral autour de la baie de Lannion et sur la Côte de Granit Rose", SMVM de la baie de Lannion, 1993.

    Le nom d'Île Aganton proviendrait de l'existence d'un lieu de culte dédié à saint Aganton, qui se serait substitué à saint André, lors de l'édification d'une chapelle, située selon les recherches du colonel Pérès, à l'endroit où subsiste aujourd'hui deux crois en pierre, en partie ensablée sous la dune, au milieu de l'île. Ces croix au nombre de trois peu avant 1940 : l'une a disparu. Elles étaient l'objet de pèlerinages, qui ont été décrits en 1902 par Charles Le Goffic dans "L'âme bretonne", et qui avaient pour objet de guérir les enfants de la coqueluche.
    Il faut préciser que sur la carte des ingénieurs géographes de 1774, ne figure aucun monument sur l'île, ni chapelle, ni croix, ni maison.

    L'Île Aganton, encore appelée Île Canton recouvre une surface de 19, 82 ha selon l'ancien cadastre napoléonien (1819), 950 mètres de log sur seulement 200 mètres de large pour chacune de ses trois branches. Elle est la propriété de la commune de Pleumeur-Bodou.
    Elle semble avoir peu été habitée avant l'installation des carriers, qui ont éventré pour l'exploitation du granite, la colline la plus haute de l'île. Elle servit aussi de parcours de pâture pour les moutons en semi-liberté, avec pour conséquence d'un surpâturage, selon une photo aérienne de 1929, une forte diminution de la végétation.
    Il n'existe sur l'île aucune construction autre que les restes d'abris de carrier, recouverts parfois de tôle. L'une des buttes granitiques était encore exploitée comme carrière en 1993. Les pierres étaient charroyées à travers la grève vers l'Île-Grande, alors qu'autrefois, elles étaient transbordées sur des bateaux depuis de petites cales de pierres sèches. L'une de ces cales construites après 1929 et encore en bon état, ferme un petit port d'échouage, alors que l'autre, plus rustique et aujourd'hui délabrée, était située plus au nord, le long de la passe de Toul-ar-Stang.
    L'île reste aujourd'hui peu fréquentée. Elle pourrait éventuellement faire l'objet d'un plan d'interprétation de l'exploitation carrière, en relations avec d'autres sites sur l'estran.


  2. Le granite type "Agathon" :

    L´auréole de ce beau granite, très exploité dans les îles, s´étend de Trébeurden à Trégastel. Des vestiges d´anciennes carrières se trouvent sur le continent, surtout dans les quartiers de Kerariou et Kerellec en Trébeurden, quelques autres au sud de Kerénoc en Pleumeur-Bodou. La plus importante fut l´exploitation de Kerleo qui fut développée par la société des Carrières de l´Ouest au début du siècle et récemment par l'exploitant carrier Belloir. Les noms des carriers : Toussaint Colombier, Louis Frélot, Offret... sont attachés aussi à l´exploitation de ce granite.




Illustrations

Des. 1
L'Île dite Aganton en 1774 (Carte des ingénieurs géographes)
Des. 2
L'Île dite Aganton en 1819 (cadastre, 1819, A1, AD 22)
Des. 3
L'Île dite Aganton en 1819 (ancien cadastre napoléonien)
Des. 4
L'Île dite Aganton en 1829 : relevé de Jean-Pierre Pinot (SMVM baie de Lannion, 1993)
Fig. 5
Le Karr Bont, allée charretière dans la grève, qui mène à l'Île Canton, pour le transport des pierres et du goémon. Ce mot peut aussi désigner un modeste quai en pierre (collection particulière)
Fig. 6
Vue générale de l'Île Agathon : remarquer la grance carrière, le quai et les bâtiments Paris, UTL Lannion)
Fig. 7
La grande carrière de l'île Agathon (UTL Lannion)
Fig. 8
Vue d'avion de la grande carrière de l'île Agathon (UTL Lannion)
Fig. 9
Vue générale de la grande carrière ennoyée
Fig. 10
La grande carrière hors estran, devant la baie de Toul Enez
Fig. 11
Carrière au sud de l'Île Agathon
Fig. 12
Extraction au sud-est de l'île sur la grève
Fig. 13
Excavations et déchets de carrière, rebuts de taille
Fig. 14
Traces d'extraction au chante-perce sur une pierre au-desus de l'estran
Fig. 15
Traces de perforation avec coin en acier et chante-perce
Fig. 16
Blocs de pierres huberdées, coupées, abandonnées sur la grève
Fig. 17
Monticule de déchets de carrière
Fig. 18
Déchets de carrière
Fig. 19
Tranchée souterraine utilisée pour évacuer l'eau de la carrière
Fig. 20
L'une des deux croix située au milieu de l'Ile Agathon, dans son environnement de landes

Voir

Pleumeur-Bodou, Présentation de la commune
Pleumeur-Bodou, Ile Grande, Carrières de l'Ile Grande et de Pleumeur-Bodou
Pleumeur-Bodou, Agathon (île), Forge ; cabane ; maison des carrières de l'Île Agathon
Pleumeur-Bodou, Agathon (île), Quai de l'Île Agathon

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2006 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2006. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)