(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008

Bretagne, Côtes-d'Armor

Plougrescant

Écart : Ile Loaven

Type de dossier : ensemble ; avec sous-dossier Date de l'enquête : 2008

Désignation

Dénomination : écart

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : 1834 A2ème feuille
Numéro INSEE de la commune : 22218
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Canton : Tréguier
Milieu d'implantation : isolé

Historique

Commentaire historique : Le toponyme de 'Loaven' proviendrait d'un nom de famille (Majob Loaven). Mais Loaven est aussi la soeur de saint Tugdual : sant Seve.
Anastase Tomassin décrit dans son 'Pilote côtier' de 1875, 'l'Île Loaven, de 3 encablures 'étendue du Nord au Sud, à 2 encablures du bord du chenal dans l'Ouest-Nord-Ouest de Roc'h Skeiviec. Il y a dessus une chapelle à l'Est et une ferme dans le Nord-Ouest'. Il cite aussi le 'bon mouillage de Loaven, que prennent les caboteurs en relâche venant du large lorsqu'il fait mauvais temps'. Il précise 'qu'il y a un bon passage par 11 pieds d'eau aux pleines mers des grandes marées à terre de 'Roc'h Istr' par fond de vase'.
Les bâtiments les plus anciens de l'île sont constitués d'une ancienne ferme avec des dépendances (repérée sur le cadastre de 1834, A 1321-1329-1330), situés au Sud de l'île, d'un vieux puits, d'un four à pain (vestiges), d'une croix, surmontée d'une sorte de pointe (bonnet phrygien ?), située près de l'embarcadère (modestes jetées, en partie reconstruites). Deux bâtiments de construction récente (2ème moitié du 20ème siècle) servent d'habitation.
A la fin du 19ème siècle, l'île Loaven était entièrement cultivée. Le récit du voyage d'Ardouin-Dumazet en 1896 nous renseigne utilement sur la géographie de l'île, ses usages agricoles, ses habitations et le culte de sainte Eliboubane et de saint Gonéri.
En 1894, le fermier était Louis Le Corre. Avant lui, la ferme était exploitée par Kerambrun. Leur prédécesseur était Ignace Tual qui cultiva l'île de 1832 à 1868. Le fils de ce dernier rapportait à la fin du 19ème siècle que des débris de vieille maçonnerie peinte en rouge, en vert et en blanc, furent découvertes à cette époque, ainsi que quelques vestiges d'un ancien édifice avec des ossements encastrés dans les murs.
Louis Rannou, ancien marin pêcheur de Plougrescant est né en 1920 à l'Île Loaven où son père tenait déjà la ferme, tout en pratiquant la pêche et la collecte du goémon. Avec son premier bateau 'Eliboubane', Il allait chercher le goémon d'épave à 'Roc'h Poull Jouan' au Nord-Ouest de la Petite Île d'Er. Un certain Rannou 'Tutu' faisait le passseur alors que Yves Le Music fut le dernier gardien de l'île.
Un vieux mûrier (vers à soie) a été repéré sur la façade Nord de l'île, en limite du rivage et de la marée.
L'île est aujourd'hui une propriété privée, avec quelques habitations de construction récente que se partagent plusieurs familles en résidences secondaires. Elle est reliée au réseau communal pour l'eau courante, mais ne possède pas de lignes électriques.
Une étude approfondie de l'histoire de l'Île Loaven reste à réaliser.
Datation(s) principale(s) : 1er quart 19e siècle ; 19e siècle ; 20e siècle

Description

Commentaire descriptif : L'Île Loaven couvre environ sept hectares. Elle n'est plus cultivée. Cependant, les photographies datées du 1er quart du 20ème siècle, montrent une île dénudée, sans arbres avec cependant, de longs murets qui délimitent de grandes parcelles, voués au pâturage.
Ces beaux murets construits en pierres sèches, sur une hauteur de 1, 50 mètre et une largeur de 0, 80 mètre, séparent les petites parcelles de l'île, aujourd'hui non cultivées. Plusieurs habitations sont dispersées dans l'île au Sud et au Nord.
Un mûrier marin remarquable, datée de plus de cent ans est visible sur la partie Nord de l'île, devant une petite grève.

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à signaler
Observations : L'Île Loaven mérite d'être étudiée du point de vue de son histoire, en particulier des éléments qui traduisent une longue occupation humaine : croix, bâtiments de ferme, puits, chapelle. Elle présente aussi des paysages remarquables et une géomorphologie particulière.
Oeuvre étudiée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété privée

l'Île Loaven à mare basse depuis le Castel


Documentation

Documents figurés

AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/42. Plans cadastraux parcellaires de 1834.

Bibliographie

ARDOUIN-DUMAZET. Voyage en France – 5ème série : Îles françaises de la Manche et Bretagne péninsulaire. Paris : Berger-Levrault et Cie Editions, 1896, p. 198-199.

BEAUTEMPS-BEAUPRE, Charles-François. Le Pilote français. Paris : Imprimerie Royale, 1847.

THIERCELIN, Louis. La Bretagne qui croit. Paris : Alphonse Lemerle, éditeur, 1894.

THOMASSIN, Anastase. Le Pilote. Paris : 1875, p. 344.



Annexes

  1. Extrait de l'ouvrage 'Voyage en France', Ardouin-Dumazet, 1896

    Cette île est la première des îles d'Er. Nous la voyons surgir des vases et des grèves couvertes de goémon ; trois monticules de granit la composent, allongés du Sud au Nord. Le premier est un mamelon couvert d'ajonc, avec quelques cultures au sommet ; le second, une sorte de gros morne, en avant duquel un rocher isolé porte la chapelle érigée en l'honneur de sainte Eliboubane, mère de saint Gonéré.
    Nous faisons un grand tour afin de trouver un coin de grève pour accoster ; nous voici dans l'île, un sentier conduit entre les deux coteaux ; là, entouré d'ormeaux courbés par le vent, est la ferme, dont les bâtiments assez riants de loin, sont sordides ; l'intérieur est encombré d'objets hétéroclites ; l'unique pièce abrite le père, la mère et huit ou neuf enfants. Les commissions d'hygiène ne doivent pas fonctionner souvent à Loaven !
    De grandes meules de paille montrent que l'île donne d'assez abondantes récoltes, deux chevaux et cinq vaches trouvent à vivre dans les pâturages. La ferme est voisine de la chapelle. Celle-ci est close, je ne puis donc voir la statue miraculeuse d'Eliboubanna. Jadis la sainte se rendait une fois par an à Saint-Gonéré pour y visiter son fils, le samedi précédent les rogations. Chaque dimanche, on la retrouvai près de saint Gonéré. Depuis quelques années on a pensé que c'était trop fatigant pour la mère, on va donc processionnellement la chercher à Loaven pour la conduire sur le continent, près de la statue de son fils. On choisit le moment de la haute mer, alors toutes les barques de pêche de la commune de Plougrescant sont amenées dans le détroit, mises côte à côte et recouvertes d'un plancher ; les mâts sont pavoisés de banderoles et de pavillons ; sur ce pont est portée en grande pompe la statue d'Eliboubanna, on la place pour la journée auprès de celle de saint Gonéré. Cette cérémonie attire une foule de bateaux venus du Lanionnais, du Trégorois et de Paimpol.


  2. Les Iles Plougrescantaises : de l´archipel des îles d´Er à 'Karreg Iliav'
    Texte rédigé par Georges Ralon.

    Le littoral plougrescantais extrêmement découpé, varié, bordé de brisants et d´écueils, dispose à quelques encablures de son rivage, d´îlots et d´îles peu connus compte tenu de leur modeste superficie.
    Découvrons tour à tour ces derniers d´Est en Ouest, de l´embouchure de la rivière de Tréguier à la plage de Gouermel, portion maritime limitrophe entre les communes de Plougrescant et de Penvénan.
    L´archipel des îles d´Er est le plus distant de la côte. Il se compose de l´Île Verte, de la Petite Île ('Enez Vihan'), de la grande île ('Enez Terc´h'), du Corbeau, de la pierre à l´Anglais, de 'Roch Nor Laier', des 'Renauds' et de 'Grande Pierre'.
    L´'Enez Vihan' a été une terre peu exploitée. Au siècle dernier, son sol sablonneux était pourtant propice à la culture des carottes.
    En revanche, 'Enez Terc´h' est un territoire privilégié tant par la variation de sa faune ou la diversité de sa flore que par la richesse de son passé. En voici quelques exemples. L´orphioglosse des Açores, petite fougère rarissime, ainsi que le cerfeuil des bois s´y côtoient. Quant aux nombreux oiseaux migrateurs et lapins, ceux-ci se partagent avec bonheur cette terre. N´omettons pas de préciser que la cueillette du goémon était pratiquée dans cette zone ; les laminaires et le 'bodre' constituaient des revenus non négligeables pour les îliens. Au siècle dernier, une famille y demeurait et élevait des moutons, faisans et poneys. La culture du blé et des pommes de terre était également une de leurs activités. Image insolite dans ces parages chaotiques : il n´est pas rare d´apercevoir un ou deux phoques se prélassant sur les rochers.
    L´histoire de cette île est marquée par un événement tragique : le 2 septembre 1795 sous le Directoire, la Corvette 'Assemblée Nationale' était traquée par une frégate anglaise. La corvette française talonna en récif et l´équipage se réfugia sur l´île. Les Anglais débarquèrent de nuit, s´opposèrent à nos vaillants canonniers bretons autochtones et pillèrent l´exploitation du métayer. Aujourd´hui, cette île est un site protégé d´intérêt européen et propriété privée.

    A proximité de cet archipel, mais plus proche du continent, s´intercale l´île Loaven qui possède une très minuscule chapelle dédiée à saint Gonéry. Depuis près de quinze cents ans que saint Gonéry est mort à Plougrescant, il est moins inactif qu´on pourrait le croire. De temps en temps, au printemps une cérémonie religieuse voit transporter solennellement les reliques du saint de cette île. Alors, dit-on au pays, 'saint Gonéry va rendre visite à sa mère'. L´embarcation qui assure le port du reliquaire de l´ermite est suivie par toute une procession de bateaux. Sur ce fait marquant, Etienne Bouillé a réalisé un tableau intitulé 'Le pardon de l´île Loaven'.
    Quittons désormais ce panorama situé l´est de la commune et longeons le sentier vers le site de la pointe du château, puis poursuivons notre itinéraire et arrêtons nous au port de Pors Scaff.
    Là, sur votre droite, à l´arrière des 'trois aiguilles' et du 'rocher de Napoléon', se dissimule l´îlot de 'Kerlaben' sur lequel subsiste une cabane en bois et en pierres. Etait-elle un repaire dans les temps lointains aux pirates et aux brigands de haute mer ? Certains le suggèrent.
    Continuons à présent notre promenade et fixons nous, en dernier lieu sur la plage de 'Rojo Gwen'.
    Face à nous, à une centaine de mètres, se dresse l´île 'Yvinec'. Propriété privée depuis maintes générations, elle possède depuis peu une éolienne. Cette île est raccordée à 'l´île des Pins' par un banc de galets qui permet de se rendre de l´une à l´autre. Les jours de tempête, l´assaut des vagues permet d´entendre de la terre ferme, le roulement des galets.

    Située à l´Ouest de la commune, 'l´île des Pins' demeure, pendant la période hivernale, le lieu de ralliement de bon nombre de bateaux qui viennent, en effet, se mettre à l´abri. C´est sur cette île que l´abbé Loas se réfugia dans une grotte à l´époque de la Terreur, pensant ainsi se soustraire aux regards d´autrui. Cette excavation portait le nom de 'Toul ar C´horandonet'. A cette époque, cette caverne ne disposait qu´un accès discret. Durant tout le temps passé dans ce refuge, la population plougrescantaise ne le laissera pas choir ; les habitants lui fourniront vivres, vêtements, matériel. Vers 1870, l´entrée de la grotte fut libérée et dégagée par Léon Henry, propriétaire de l´île. Cette grotte exposée plein sud existe toujours.
    Dans un prolongement de 'l´île des Pins', l´îlot 'Roc´h Vran' se dresse, à quelques mètres du rivage. Il est à noter que cet îlot où s´élèvent une maison ('village Goffic' comme le souligne une carte postale) et d´énormes rochers, constitue également un propriété privée.




Illustrations

Doc. 1
Exrait du cadastre de 1834 : Île Loaven
Doc. 2
Extrait de la carte hydrographique de l'EPSHOM, levé en 1837 : île Loaven
Doc. 3
Extrait de la carte du SHOM, la côte Est de Plougrescant et l'Île Loaven (EPSHOM)
Fig. 1
Vue de l'Île Verte à marée basse (collection particulière)
Fig. 2
Vue de l'une des familles co-propriétaires de l'Île Loaven, vers 1970, en cie de marins pêcheurs de Plougrescant, dont Yves Le Music du Castel (collection particulière)
Fig. 3
Vue de l'Île Loaven, vers 1970 : remarquer le bâti littoral, dont l'ancienne ferme (carte postale, collection particulière)
Fig. 4
l'Île Loaven à mare basse depuis le Castel
Fig. 5
La pointe Sud de l'Île Loaven
Fig. 6
Vue du port de l'Île Loaven
Fig. 7
Vue du cordon dunaire de l'Île Loaven
Fig. 8
Signalétique d'entrée de l'Île Loaven : île privée
Fig. 9
Vue du muret d'enclos des parcelles, construit en pierre sèches sur une hauteur de 1, 50 m
Fig. 10
Vue d'un chemin bordé de talus à l'intérieur de l'Île Loaven
Fig. 11
L'île Verte au Nord-Ouest de l'Île Loaven
Fig. 12
Vue du murier centenaire au Nord de l'Île Loaven
Fig. 13
Vue des pierres d'entrée de champ
Fig. 14
Vue du sentier en direction de la ferme de l'Île Loaven
Fig. 15
Vue de la croix de l'Île Loaven

Voir

Plougrescant, Présentation de la commune de Plougrescant
Plougrescant, Île Loaven, Chapelle Sainte-Eliboubane
Plougrescant, Île Loaven, Croix de l'île Loaven
Plougrescant, Île Loaven, Puits de l'île Loaven
Plougrescant, Île Loaven, Quai ; jetée de l'île Loaven

(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008. Chercheur(s) : Prigent Guy. Renseignements : Centre de Documentation de l'inventaire du patrimoine culturel, Tél. : 02 22 93 98 29 / 31 / 40. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)