(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008

Bretagne, Côtes-d'Armor

Plouguiel

Les bacs des rivières du Jaudy et du Guindy

Type de dossier : individuel ; sous-dossier Date de l'enquête : 2008

Désignation

Dénomination : bacs

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : Domaine Public Maritime
Numéro INSEE de la commune : 22221
Aire : Bretagne
Canton : Tréguier
Milieu d'implantation : en écart

Historique

Commentaire historique : En aval du Pont Canada actuel, le bac appelé 'bac du Canada' (à partir de 1619), représentait le plus ancien passage qui reliait le Trégor (Tréguier et les communes de la rive gauche de l'estuaire) à la presqu'île de Lézardrieux et au Goëlo maritime. Le nom de cet ancien passage, qui appartenait à l'évêque, était 'Scaff an milin', cité en 1551, signifiant 'bateau plat du moulin'. De Tréguier à Trédarzec, un second bac, cité en 1602, le bac 'Saint-Sul', débarquait ses passagers au lieu dit Porz Meur, sous Kerantrez. Ces deux bacs furent supprimés en 1835 lors de la construction du premier pont suspendu, reconstruit en 1951.
Un troisième bac partant de la Roche Jaune aboutissait à Kerbors. On mit fin à son exploitation en 1908. La rivière du Guindy disposait pour son passage du bac de 'Kerousy', appelé plus tard le 'bac Saint-François', qui devait déjà exister au début du 15ème siècle. Ce bac fonctionna jusqu'en 1834, remplacé par le premier Pont Noir (reconstruit en 1893) et ensuite par le Pont Neuf en 1854.
La tradition orale raconte que les jeunes gens de Plouguiel et de Plougrescant se rendaient au pardon de Pleubian en utilisant un canot (faisant office de bac) depuis la Roche Jaune. Un fort vent de Nordest causa en 1948 le chavirage de ce canot et la noyade de Gratiet.
Les derniers passeurs de la Roche Jaune s'appelaient Briand Coz et Loïc Hamon.
Datation(s) principale(s) : 15e siècle ; 16e siècle ; 17e siècle ; 1er quart 19e siècle

Description

Commentaire descriptif : Les dimensions des bacs sont données dans les inventaires du débuts du 19ème siècle.
En 1828, le bac du Canada mesurait : 11,34 m de longueur, 3,45 m de largeur inférieure et 84 cm de l´étrave à l´étambot.
Le bac de la Roche-Jaune mesurait 8, 70 mètres de long sur 3, 51 m de large. Il pouvait contenir 22 personnes. Il était accompagné d'un batelet, long de 4, 50 mètres.
Ces mesures sont modestes par rapport à ceux d´autres régions qui pouvaient aller jusqu´à 20 mètres de long et 6,50 mètres de large.
Ce bac était garni d´une perche ferré, d´une ancre, d´un grelin neuf, d´une aussière neuve et paraît contenir 180 personnes
Comment faisait-on manoeuvrer des embarcations lourdement encombrées ?
Quatre possibilités s´offraient :
- à la rame ou à la gaffe.
- au moyen d´un pieu ou d´une ancre fixée dans le lit de la rivière à laquelle on attache un long câble soutenu au-dessus de l´eau par de petits pontons.
- au moyen d´une traille ou câble tendu au dessus de la rivière pour ne pas gêner la navigation. Sur cette traille et montée une poulie portant un second câble terminé par deux branches qui viennent se rattacher à l´un des côtés du bateau.
Etat de conservation : détruit

Intérêt de l'oeuvre

Oeuvre repérée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété privée

Vue du dernier passeur de la Roche-Jaune, début 20ème siècle (carte postale, collection particulière)


Documentation

Documents d'archives

Archives Départementales des Côtes-d'Armor. 11 S S7 112. Mémoire daté de 1825 sur l'usage des bacs.

Bibliographie

CHOUTEAU, Nicole. Gué, bacs et ponts au pays de Tréguier. In Les cahiers du Trégor n° 27. Bégard : Club d'Histoire de Bégard, 2ème trimestre 1989, p. 3-16.

LOZAC'H, Alain. Ports de Bretagne Nord. Spezet : Coop Breizh, 2006.

MONTFORT, Yves. Témoignage oral sur les bacs et servitudes de la rivière de Tréguier. Trédarzec, 9 février 2009, Témoignage oral.



Annexes

  1. Gués, bacs et ponts au pays de Tréguier
    Nicole Chouteau (extrait, texte inédit).

    L´on n´eut pas jusqu´au 19ème siècle la hardiesse de jeter des ponts sur les larges.Tout le trafic se faisait entre la cité épiscopale, les paroisses avoisinantes et le Goëlo maritime par des bacs qui transportaient charrettes, chevaux et marchandises. Des bateaux étaient prévus pour les piétons seuls car, disaient-on, des femmes, effrayées par la présence de chevaux trop nerveux, préféraient attendre le bac suivant que de risquer la compagnie de ces animaux.
    La circulation des bacs était une organisation soigneusement structurée et réglementée. En 1607, un arrêt fait défendre à tout homme possédant des bateaux sur la rivière de Tréguier de passer et repasser ni hommes ni chevaux sous peine de trois écus d´amende.
    Le droit de passage était attribué à un fief bien déterminé, généralement proche du point d´embarquement, au titre de privilège féodal, de même que le droit de moulin ou de colombier et portait le nom de droit de 'trésage' du mot 'trez' qui signifiait 'passage, trajet par eau'. Ce privilège était plutôt considéré comme une charge et on l´appelait communément 'devoir de Passage'.
    Un mémoire confidentiel de 1825 (A.D. série 11 S7 112) alors que les droits féodaux étaient abolis depuis longtemps, mentionne que ces objets d´utilité publique (les bacs) étaient moins des propriétés lucratives que des charges résultants des seigneuriaux. Les propriétaires étaient obligés de les desservir par le nombre d´hommes déterminé pour chaque port sans considération de la modicité de la rétribution allouée pour le droit de passe.
    En 1750, le marquis de Marbeuf, héritier des Kerousy, déclare dans un aveu rendu au chapitre de Tréguier :
    Il leur appartient (il s´agit des seigneurs de Kerousy) deux grands bateaux ou passages sur le bras de mer qui entre la ville de Lantreguer et le couvent Saint-François appelé passage de Kerousy, pour passer et repasser, chevaux, chaterres et gens à pied et pour lequel devoir de passage ont droit de prendre, cueillir et percevoir annuellement sur tous les estagiers demeurant en la paroisse de Plouguiel et Plougrescant, tant nobles roturiers, savoir de chaque ménage entier de ceux de Plouguiel, un demi-boisseau de froment comble mesure de Tréguier, et un quart de boisseau de froment sur chaque veuf et veuve, et dans la paroisse de Plougrescant, un quart de boisseau de gris bled.
    Et si les passagers qui servent aux dits passages s´avisent d´exiger d´autre droit ou coutume, en lait ou autrement, c´est sans la connaissance ni de l´autorité des avouants lesquels en ce cas déclarent les désavouer.


  2. Les bacs de la rivière de Tréguier
    Nicole Chouteau (extrait, texte inédit).
    La rivière de Tréguier était traversée par un bac qui, partant de la Roche-Jaune à Plouguiel, aboutissait à un autre point appelé aussi la Roche Jaune, à Kerbors entre le moulin Bilvezo et le moulin du Merdy, là où se trouve encore une toute petite maison isolée. Les jours de pardon, ce service régulier se doublait de bateaux auxiliaires qui emmenaient les pèlerins de Plougrescant à Pleubian pour la Saint-Georges et de Plouguiel à Crec´h Silliet pour la foire de Saint-Nicolas à Kerhir.
    En 1679, les commissaires du Roy, poursuivant la confection du papier terrier et la réformation du Duché de Bretagne, ayant déclaré les rivières et bras de mer navigables appartenir au Roy, condamnèrent François de Launay, escuyer, Sieur de Pencrec´h en Pleubian, détenteur du passage de la Roche-Jaune sur la rivière de Tréguier, à payer trois cent livres par an depuis 1676 pour indue jouissance. Ils intentèrent au Sieur de Coatcarric le même mauvais procès au sujet du bac de Saint-Sul, mais celui-ci, se démenant comme un beau diable fit appel de la sentence qui le condamnait à rembourser 600 livres par an pour le 29 dernières années. Il gagna son procès et prouva que le bac de Saint-Sul faisait partie du domaine du Verher de temps immémorial.
    En 1688, une lettre laissée par Arthur de Keralio relate que :
    Le passage de la Roche-Jaune que nous avions abandonné, doit être afféagé le deuxième d´août. Quoiqu´il soit de nulle valeur, comme il a de tout temps dépendu de Keralio et qu´il serait désagréable qu´il soit adjugé à quelqu´un qui vexât nos vassaux sous le prétexte de ce droit, mon père serait bien aise de l´afféager lui-même. Ainsi Monsieur, afin de ne le mettre entre els mains de quelqu´un d´autre, je vous envoie (...) avec le nom en blanc afin que celui à qui vous le donnerez le fasse valoir au nom de mon père.
    Il est bon de vous dire que naturellement il n´y en avait que la moitié qui soit de Keralio, celle qui va de Plouguiel à Pleubian l´autre appartenant à un gentilhomme de Pleubian.
    Il semble donc bien que les commissaires du Roy obtinrent gain de cause quant au bac de la Roche Jaune mais que les deux seigneurs qui l´exploitaient de temps immémorial aient eu priorité pour en obtenir le fermage.
    Aucun pont ne venant concurrencer les services qu´il rendait, le bac de la Roche-Jaune continua à fonctionner jusqu´en 1909.


  3. Le bac et les ponts de la rivière du Guindy
    Nicole Chouteau (extrait, texte inédit).

    En dessinant des boucles profondes dans sa jolie vallée, elle barrait le route à tous ceux qui de Plouguiel, Plougrescant, Penvénan et Camlez voulaient rallier la cité épiscopale. La comme ailleurs, point d´autre recoins que le bac appelé 'bac de Kerousy' du nom de la seigneurie qui en avait la responsabilité, et plus tard bac de Saint-François lorsque les Récollets, branche détachés des franciscains, vinrent au même endroit de la rivière construire leur couvent en 1483. Le bac leur était antérieur puisqu´en 1422 (d´après Le Borgne). Allain Dollo autorise les citoyens de Lantrequez à faire passer des tuyaux sur les terres de son manoir de 'Travantrez' (Traou an trez). Ce nom même signale le point de départ du 'passage' et confirme qu´il existait avant 1422.
    Ce bac était comme à Pont Rod muni d´une passerelle de bois qui en permettait l´accès, le pont Saint-François.
    Après la Révolution, les droits de passages, privilèges féodaux, furent confisqués à leurs anciens propriétaires et dans un premier temps loués à divers particuliers, l´entretien du matériel restant toutefois l´affaire de l´administration.
    En 1803, la commune de Plougrescant, sollicitée pour participer à la répartition de la passerelle, répondit qu´il n´y a pas à y participer parce que l´état faisait payer les passants et avait loué le passage à Jan Nicolas et Jan Philippot.
    En 1810, le sous-préfet revient à la charge, et le conseil de Penvénan réuni en séance extraordinaire, est invité à délibérer sur les moyens les plus appropriées à employer pour la reconstruction de la rampe dite 'Pont Saint-François' servant à la fabrication des passages établis sur la rivière du même nom.
    Le devis établi par Sieurs Moffret et Roulet, maîtres charpentiers établis à Tréguier, se montait à 1500 francs :
    Le conseil après avoir mûrement délibéré sur l´objet de la convocation, considérant qu´avant la Révolution, Monsieur de Marbeuf, comme seigneur du fief, était propriétaire du passage dont est cas et qu´il était obligé de els entretenir, ainsi que la rampe du pont qui y conduit, et que le gouvernement se trouvant aux droits dudit Marbeuf, et les affermant une somme considérable doit être aussi tenu à la reconstruction dont est cas ainsi qu´à l´entretien des bacs et bateaux qu´il serait d´autant plus injuste d´y assujettir les habitants de cette les commune qu´ils sont obligés de payer chaque fois qu´ils passent et repassent, que le gouvernement sera d´autant plus facilité de faire faire la reconstruction dont il s´agit qu´il disposera d´un bosquet de bois qui est proche et que les pilleurs dégradent journellement lequel bosquet appartenait aussi antérieurement au même Marbeuf.
    Est d´avis que les habitants de cette commune ne doivent point contribuer en aucune manière aux ouvrages dont il s´agit.
    Il fallut attendre 1831 pour que Monsieur Bayard propose de construire un pont suspendu de deux mètres de largeur et de quatre mètres au-dessus des plus hautes marées pour le passage des hommes et des chevaux. C´est le gabarit d´un cheval attelé (1,44 m.) qui détermina l´écartement des voies de la SNCF, les premières tractions réalises ayant été hippomobiles.
    Vers le milieu du siècle, les grands ponts se multipliant alentour, le transport par voie d´eau devenait de plus en plus anachronique et les habitants se la côtes soupiraient après un moyen plus commode pour se rendre à Tréguier.
    En 1847, c´est le village de Guindy, tout bruissant d´activité de ses cinq moulins, qui fut choisi pour y franchir un point de la rivière d´une largeur raisonnable et ne pas entraîner trop de gros frais.
    Mais la profondeur de la vallée et la raideur de côtes qu´il fallait emprunter pour en ressortir eurent vite fait de refroidir l´enthousiasme des usagers.
    L´on remonta alors le cours d´eau de quelques méandres et l´on jeta le 'pont Neuf' en 1854.
    Mais le commerce marchait bien, le trafic augmentait. En 1877, l´on projeta enfin la liaison directe avec Tréguier par Plouguiel, par la construction d´un pont sur le Guindy au niveau de l´estuaire.
    Ce premier pont appelé 'Pont Noir' du nom de la Roche Noire toute proche de la construction, duquel avaient participé les communes littorales, était un pont de bois mais conçu pour laisser passer les charrettes.
    Un autre pont fut mis en oeuvre et terminé en 1893. il subsista jusqu´en 1971.
    On lui adjoignit un pont de chemin de fer lors de la mise en service de la ligne Tréguier-Lannion-Perros en 1906 (démoli en 1950).
    Toute notre toponymie est émaillée de 'ponts' qui en amont des estuaires, étaient de simples passerelles de bois pour les piétons (il y avait même des ponts de terre).




Illustrations

Doc. 1
Carte : les bacs du Trieux et du Jaudy au 19ème siècle (dessin de Alain Lozac'h)
Doc. 2
Extrait de la carte de la rivière de Tréguier, 1837 : la Roche-Jaune et le Kerbors, moulin du Merdy, où accostait le bac (EPSHOM)
Fig. 1
Vue du dernier passeur de la Roche-Jaune, début 20ème siècle (carte postale, collection particulière)
Fig. 2
Vue du pont Saint-François et du Pont Noir sur le Guindy qui ont remplacé les bacs, début 20ème siècle (carte postale, AD 22)
Fig. 3
Vue de la maison de l'ancien passeur Loïc Hamon de la Roche-Jaune, aujourd'hui transformée en café-restaurant 'le Pesked'
Fig. 4
Vue du site de l'ancien passage de la Roche-Jaune

Voir

Plouguiel, Présentation de la commune de Plouguiel

(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008. Chercheur(s) : Prigent Guy. Renseignements : Centre de Documentation de l'inventaire culturel, Tél. : 02 22 93 98 29 / 31 / 40. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)