Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Plouha, Gwin-Zégal

Port de Gwin-Zégal

Type de dossier : ensemble Date de l'enquête : 2005

Désignation

Dénomination : port
Appellation et titre : Gwin-Zégal

Compléments de localisation

Référence(s) cadastrale(s) : Domaine public maritime
Numéro INSEE de la commune : 22222
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Canton : Plouha
Milieu d'implantation : isolé

Historique

Commentaire historique : Le petit port de Guin-Zégal (orthographié "Gouine Ségal" au 19ème siècle) a été aménagé en 1854 par la commune de Plouha, aidée par les marins pêcheurs, qui ont établi un brise-lames en pierres sèches, long de 31 m et couvert à mi-marée (6 m). Il n'est pas mentionné sur le cadastre de 1833. Le nom de Gwin Zégal viendrait de "gwinizh" (le froment) et de "segal" (le seigle), deux céréales cultivées autrefois sur les terrains bordant la falaise.
Selon le rapport de l'ingénieur Launay, daté de 1879, le havre de "Gouine-Ségal" est situé à 650 m de "Port-Morguer", port d'attache d'une dizaine de bateaux de pêche. Il est abrité des vents de terre et de l'est par un brise-lames à pierres sèches. L'ingénieur proposait comme réponse à la demande de la commune de Plouha de restaurer ce brise-lames, d'en prolonger la longueur à 45 m et de porter la cote à 7 m. En effet, Gwin-Ségal représente encore aujourd'hui le seul véritable port, abri et refuge pour les bateaux sur la côte de Plouha, si on ne prend pas en compte le port de Bréhec. Cependant, l'absence de voie de communication n'a pas permis son développement (pour le cabotage). En mars 1881, le conducteur Cadin pouvait constater que la partie aval de la jetée était en ruines. L'Etat accepta de subventionner ces travaux, à condition qu'ils soient réalisés en régie municipale, sous son contrôle et que la commune s'engage à effectuer par la suite son entretien. L'ouvrage fut prolongé d'un musoir et exhaussé de 1 m, en utilisant la roche locale, in situ. Le projet fut exécuté en juillet 1883.

La lecture du plan de l'ingénieur Pelaud, daté de 1881, permet de reconsidérer la toponymie littorale : l'appellation "les Ganes" pour désigner le port de Gwin-Ségal, le "sillon" qui relie la côte et l'îlot, propriété à cette époque d'Armet de l'Isle, les rochers découvrant "Goret", la "Roche Plate". Le plan de 1881permet également de situer le mouillage des caboteurs au-delà du brise-lames et le sens du courant de flot et de jusant.
Ce type de mouillage sur pieux de bois (véritables arbres plantés dans la vase avec leurs souches et maintenus par des rochers) était relativement commun sur les côtes de Bretagne nord (à Porspoder et à Port Geffroy, Portsall, en pays Pagan, dans le Finistère, au Yaudet sur les côtes du Trégor et du Goëlo, sur la côte atlantique à Royan). Les recherches de Jean-Yves Guillouët de Plouha confirment cette tradition maritime sur les côtes ouest de la France. On peut le remarquer sur les photographies du début du 20ème siècle dans l'estuaire du Léguer (Ploulec'h), la rivière de Tréguier (ducs d'Albe), dans l'anse de Kerity-Beauport et à Pordic. Cependant, ce type d'amarrage par des chaînes entre deux pieux n'est plus utilisé qu'à Porspoder (Pors Mazou) et à Plouha (Gwin-Zégal). Une ligne de mouillage fut ajoutée en 1907, pour former 4 lignes. L'abri compte aujourd'hui 43 pieux d'amarrage en chêne (arbres avec leurs racines), pouvant accueillir 30 bateaux de pêcheurs-plaisanciers ; 55 bateaux sont prévus pour la suite. Jean-Yves Guillouët, historien local, a réalisé un inventaire des marins et des bateaux, inscrits au port de Gwin-Zégal du 19ème siècle à aujourd'hui (liste non publiée).
La commune de Plouha et l'association des pêcheurs-plaisanciers ont récemment rénové le site, en plantant de nouveaux arbres et en consolidant la jetée. Cependant, il faut remarquer que le sentier qui conduit au port est du domaine privé ; il est assujetti à une servitude littorale (cadastré en 1936, B 2588). De même que l'îlot de Gwin Zégal est du domaine privé, cadastré aujourd'hui 912 B et en 1833, B 849 bis.
Datation(s) principale(s) : 3e quart 19e siècle
Date(s) : 1854
Justification de la datation : datation par tradition orale

Description

Commentaire descriptif : Le port de Gwin-Zegal est constitué aujourd'hui de deux sillons de pierre (tout venant), dont le premier sillon protège la crique des vents d'ouest et de nord. Le premier sillon mesure environ 40 mètres de longueur, pour une hauteur de 2, 50 m, il sert de brise-lames. Le deuxième sillon est beaucoup plus court et peu élevé. Entre ces deux sillons, 5 rangées de pieux permettent l'échouage d'une flottille de bateaux, ne dépassant pas 6 m de longueur.
Le principe du mouillage sur pieux de bois est le suivant : un puits est creusé à une profondeur d'environ 1, 50 m, puis un tronc d'arbre haut d'une quinzaine de mètres, encore muni de ses racines y est placé et maintenu verticalement par des pierres. Les canots sont amarrés entre deux rangées de pieux, distantes de 15 m environ, avec une grosse chaîne et une aussière, amarrée par l'avant et l'arrière. La chaîne est capelée directement sur le pieux à 6 m de hauteur.
Matériau(x) de gros-oeuvre et mise en oeuvre : pierre sèche
Etat de conservation : bon état

Intérêt de l'oeuvre

Intérêt de l'oeuvre : à signaler
Observations : Le site de Gwin-Zégal est classé au titre des espaces remarquables : le port mériterait un label particulier, comme "port de caractère".

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune

Le principe de mouillage sur pieux de bois (Jean-Yves Guillouët)


Documentation

Bibliographie

DICSEN (FAGOT, Muriel). Les sentiers de découverte des falaises de Plouha. Conseil Général des Côtes-d'Armor, 2000.

SAVIDAN, Rolland. Les arbres de la mer. Documentaire audiovisuel, 13 mn, 1998.



Annexes

  1. Restauration du brise-lames de "Gouine-Ségal", Plouha : rapport du conducteur Cadin, 4 mars 1881
    Sources : AD 22, S Supl. Art. 175.
    La jetée actuelle de Gouine Ségal a une longueur totale de 31 m. Elle est à pierres sèches ; les matériaux sont d'assez petites dimensions ; la partie aval est en ruines. Il n'y a aucune tablette sur le couronnement. La largeur est de 3, 40 m à l'enracinement contre le rocher ; elle est de 4, 50 m vers l'extrémité aval. Le couronnement se trouve à la cote moyenne de + (5, 10), c'est-à-dire à près de 3 pieds en contrebas de la mi-marée.
    Une douzaine de poteaux plantés dans la maçonnerie servent à l'amarrage des canots. A 16 m en dedans de ce brise-lames se trouve un amas de gros galets figurant une petite jetée secondaire de 1 m d'élévation ; les poteaux plantés dans le milieu de cet ouvrage rudimentaire servent pour les amarres d'arrière des bateaux de pêche. Les marins de Gouine-Ségal tiennent à conserver cette disposition. Ils demandent que la jetée brise-lames soit exhaussée d'au moins 1 m et prolongée en courbe, de manière à augmenter l'abri. Ils ne craignent que le nord-ouest.
    Le fond est de sable fin et la digue n'a pas de fondation, elle est seulement posée sur le fond. Le rocher de la falaise est de la ryénite amphibolique qui pourra donner tous les moellons. Cinq maçons suffiront pour guider les travailleurs volontaires de la commune de Plouha, le pêcheur Joffre servira de surveillant.
    On n'accède à l'échouage de Gouine-Ségal que par un sentier à piétons, serpentant dans le coteau escarpé à près de 80 m au-dessus des plus hautes mers.


  2. Recensement de la flottille de pêche de la commune de Plouha en 1892
    Sources : AD 22, S Supl. Art. 175.
    En 1892, la commune de Plouha disposait de 31 bateaux, jaugeant ensemble 47 tonneaux et montés par 97 marins, qui se répartissaient entre les deux ports de Bréhec et de Pors-Morguer. Cependant, en l'absence de port-abri dans l'anse du palus, nombre de ces bateaux allaient se réfugier dans l'anse de Gwin-Ségal.

    Le port de Bréhec recevait de novembre à mars, 12 bateaux, jaugeant 19 tonneaux et embarquant 29 hommes d'équipage, et, de mars à novembre 9 bateaux, jaugeant 9 tonneaux et 13 hommes d'équipage.
    Le port Morguer recevait, de novembre à mars, 23 bateaux, jaugeant 28 tonneaux et embarquant 68 hommes d'équipage, et, de mars à novembre, 19 bateaux, jaugeant 18 tonneaux et embarquant 46 hommes d'équipage. Il faut préciser, comme le soulignait le maire de Plouha, que le nombre de bateaux variait parce qu'un certain nombre de marins partaient 6 mois de l'année pour l'Islande.


  3. Carte des Mouillages sur pieux sur les côtes Ouest Bretagne
    D'après les recherches de Jean-Yves Guillouët.

    En Finistère :

    Porspoder :
    Porzh Mazou (0)
    Plas ar Vagou (4)
    Grève de l´Eglise (4)
    Porstall :
    Kersaint, Oad ar Milinou (10)
    Trémazan (11)
    Oad ar Vagou (11)
    Oad Kerzeniel (12)
    Porzh Skalf (13)
    Porzh Gwenn (14)
    Porzh ar Gefrod (15)
    Porzh Karn (16)
    Oad ar Vélen (17)
    Tréompan (17)
    Lampaul Ploudalmézeau :
    Porzig (18)

    Autres lieux en Finistère :
    Doélan

    En Côtes-d'Armor :
    Plouha : Gwin Ségal
    Le Yaudet

    Sur la côte sud atlantique Charente Maritime :

    Saint Georges de Didonne
    Royan
    Le port des pilotes de la Gironde.


  4. Remarques sur les bateaux inscrits au port de Plouha depuis le 4ème quart du 19ème siècle
    D'après les travaux de recherche de Jean-Yves Guillouët : synthèse

    Types de bateaux recensés : sloop, canot creux, doris, sloop à tape-cul, bocq non ponté, sloop à moteur. Ces bateaux jaugent tous moins de 2 tonneaux.

    Les lieux de construction diffèrent de Paimpol, pour la grande majorité des coques, à Ploubazlanec, Plouézec, Port-Lazo, Portrieux, Bréhec, Loguivy de la mer, Binic, Roscoff, Locquémeau, Kerity, Poulafret, Morlaix. Nous avons même relevé une goélette "Primevère" de Binic.
    Les immatriculations les plus nombreuses dataient du 4ème quart du 19ème siècle et du 1er quart du 20ème siècle et diminuaient ensuite. Le propriétaire habitait la plupart du temps Plouha, souvent le quartier de Portz Moguer ou de La Trinité.




Illustrations

Fig. 1
Extrait du cadastre de 1833 : îlot de Gwin Zégal (mairie de Plouha)
Fig. 2
Plan, profil de la nouvelle jetée de Gwin-Zégal par le conducteur Cadin, 1881 (AD 22)
Fig. 3
Plan en long de la nouvelle jetée de Gwin-Zégal, avant travaux, par le conducteur Cadin, 1881 (AD 22)
Fig. 4
Plan du site de Gwin-Zégal : projet de restauration du brise-lames de Gwin Zégal, 1879 (AD 22)
Fig. 5
Le port de Gwin-Zégal à marée haute au début du 20ème siècle (AD 22)
Fig. 6
Le port de Gwin Zégal, au début du 20ème siècle : une rangée de pieux a été rajoutée en 1907 (collection particulière)
Fig. 7
Le port de Gwin Zégal, au début du 20ème siècle, avec ses premières rangées de pieux d'amarrage (collection particulière)
Fig. 8
Le port de Gwin Zégal : le canot misainier Vainqueur
Fig. 9
Le port de Gwin Zégal, à marée haute, au début du 20e siècle : canots gréés en misainier
Fig. 10
Le port du Yaudet à marée basse : amarrage traditionnel sur pieux des bateaux de pêche locaux (collection particulière)
Fig. 11
Porspoder en Finistère nord au début du 20ème siècle  : amarrage traditionnel sur pieux des bateaux de pêche locaux (collection particulière)
Fig. 12
Le port de Royan à marée basse au début du 20ème siècle  : amarrage traditionnel sur pieux des bateaux de pêche et de cabotage (collection particulière)
Fig. 13
Saint-Georges de Didonne, près de Royan : un autre exemple d'amarrage traditionnel sur pieux (collection particulière)
Fig. 14
La grève de Trémazan en Finistère nord : autre exemple d'amarrage traditionnel sur pieux (collection particulière)
Fig. 15
Doëlan en Bretagne sud : autre exemple d'amarrage traditionnel sur pieux (collection particulière)
Fig. 16
Portsall en Finistère : un autre exemple d'amarrage traditionnel sur pieux (collection particulière)
Fig. 17
Le port Geffroy à Portsall en Finistère : amarrage traditionnel des goémoniers sur pieux (collection particulière)
Des. 18
Le principe de mouillage sur pieux de bois (Jean-Yves Guillouët)
Fig. 19
Vue générale du port de Gwin-Zégal dans son environnement
Fig. 20
Vue du port de Gwin-Zégal en amont de Port-Morguer, protégé des vents dominants
Fig. 21
Vue du port de Gwin-Zégal, depuis l'îlot du même nom
Fig. 22
Les 5 rangées de pieux du port de Gwin-Zégal
Fig. 23
Vue de la 1ère rangée de pieux sur un enrochement, servant de digue pare-lames, face au large
Fig. 24
Vue de profil d'une rangée de pieux alignés
Fig. 25
Amarrage d'un bateau, avant-arrière, entre deux pieux parallèles, afin de limiter le rayon d''évitage
Fig. 26
Détail d'amarrage des chaînes, faisant office d'aussière fixe, en haut d'un pieu
Fig. 27
Le remplacement des pieux de bois (Conseil général, DICSEN, Roland Savidan)
Fig. 28
Vue de la descente aménagée de la falaise jusqu'au port de Gwin-Zégal

Voir

Plouha, Présentation de la commune

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2005 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2005. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)