Inventaire général du patrimoine culturel
inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Trébeurden

Bateaux de pêche de Robert Broudic

Type de dossier : dossier sommaire objets mobiliers Date de l'enquête : 2007

Compléments de localisation

Numéro INSEE de la commune : 22343
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor

Historique

Commentaire historique : Robert Broudic (1920-1991), marin-pêcheur de Trébeurden a pratiqué toute sa vie les différents métiers de la grande pêche, de Terre-Neuve à l'Afrique australe, de la pêche au large à la pêche côtière. Il a navigué en 1938 sur le chalutier terreneuvier "René Moreux", en 1940 à bord du canot creux de 5 mètres de long "Intron Varia", en 1945, il pratiquait la pêche au thon et la sardine sur le sardinier "Notre-Dame-de-La-Clarté" ; en 1955, ll a fait construire le "Breizh Nevez" dans un chantier paimpolais, avant de perdre ce navire et de faire construire l'"Hirondelle II au chantier Le Flem de Trébeurden en 1964. Jusqu'à sa retraite en 1975, Il a participé à toutes les pêches locales, spécifiques de la baie de Lannion : la pêche à la sardine et la pêche au thon. Il a raconté dans des périodiques et dans des ouvrages le récit de ses aventures marines.



Annexes

  1. Récit de vie d'un marin-pêcheur de Trébeuden : Roparzh Broudic (1920-1991)  :

    Robert Broudic est né à Morlaix sur la rive trégorroise du Dossen en 1920, d'une famille de marins : son grand-père était maître-voilier et son père faisait carrière dans la Royale. Lorsqu'il atteint l'age de six ans, son père décède, et il est scolarisé à l'école primaire publique de Lanvellec où il est reçu premier du canton au certificat d'étude. Il s'inscrit ensuite au lycée Saint-Charles de Saint-Brieuc où il se dote d'une solide formation littéraire et attrape le goût de l'écriture. Il commence à se former à la culture et à la langue bretonne.
    Attiré par la marine marchande, il s'inscrit au cours à Saint-Malo. A l'age de 18 ans, le 24 mai 1938, il se retrouve embarqué pour une expédition aux îles australes, à bord du chalutier "René Moreux", vers la Nouvelle Amsterdam et Saint-Paul, l'île maudite, où vingt ans auparavant, de nombreux marins bretons furent oubliés du reste du monde. Robert Broudic et ses compagnons de fortune sont restés trois mois, sans vivres, sur l'île, avant d'être sauvés par un bâtiment de la marine nationale le "Bougainville". Robert fabrique des casiers et pêche la langouste, jusqu'à 5000 par jour, bouétées avec des pingouins. Robert Broudic racontera cette histoire en 1940 dans un livre "Saint-Paul, île maudite", publié par la Revue Bretagne de Jean Merrien, qui lui valu un second prix littéraire Bretagne et un prix spécial de la Marine.

    La guerre l'empêche de devenir capitaine au long cours, mais pas de se marier. Il épouse en 1942 Denise Chapiseau de Lannion, dont il aura 6 enfants. Il travaillait à l'époque dans les légumes et les primeurs à Buhulien, où il apprit le breton au contact des ouvriers agricoles. Mais rapidement, Robert va laisser tomber les patates et s'investir dans la pêche. En 1940, il achète un petit canot de cinq mètres "Itron Varia" à Trébeurden pour pratiquer la petite pêche, puis part en zone libre. Après la Libération, il va reprendre la pêche côtière avec un bateau plus gros le "Notre-Dame-de-La-Clarté" de Ploumanac'h pour pêcher la sardine dans la baie de Lannion, en compagnie d'autres marins pêcheurs locaux comme les Hénaff. Il livre sa pêche aux deux usines de Locquémeau. Mais, il a envie de dépasser un peu les Triagoz et la Méloine et il s'embarque en 1948 à Fécamp pour une campagne à Terre-Neuve, comme lieutenant ramendeur.
    Au début de la campagne, lors d'une forte tempête, il est emporté par un paquet de mer et se retrouve le dos en bouillie et un bras et une jambe cassées. Transporté à Saint-Jean-de-Terre-Neuve, il est rapatrié.

    Après sa guérison, il entreprend d'armer deux bateaux pour la pêche au thon sportive, qui fait fureur à Trébeurden et réarme en même temps à la pêche côtière. Il est le premier à armer un doris à Trébeurden, au temps où les cabanes en bois des pêcheurs animaient le front de mer de Trozoul. A cette époque, on faisait encore le goémon livré à Lannion, quai des Viarmes. A l'age de 33 ans, il reprend des études et part en triporteur à l'école des pêches du Guilvinec pour réussir le brevet de patron pêcheur. C'est à cette époque qu'il écrit et publie ses premiers vers, qui lui valent le prix "poésie ardente", et de figurer dans une première anthologie. Puis, c'est son premier recueil en breton "Gant red an dour" ", "Au fil de l'eau", qui lui aussi obtient un prix en 1956.

    Pendant ce temps, Robert a repris la mer sur différents bateaux du Guilvinec et apprend d'autres techniques de pêche : chalut côtier, thon à l'appât vivant, et participe à des campagnes en mer d'Irlande pendant quatre ans.
    A la suite de cette expérience atlantique, il obtient un contrat sur un chalutier concarnois qui fait la côte d'Afrique. C'est Conakry pendant 18 mois jusqu'à l'indépendance, Dakar puis Abidjan et la Côte d'Ivoire pendant près de trois ans. Il pratique aussi la pêche à la langouste sur ces côtes d'Afrique.

    La famille suit les aventures de "Robert l'Africain", jusqu'à que celui-ci rentre définitivement à Trébeurden en juin 1960. Il s'est fait entre-temps construire dans un chantier paimpolais, le "Breizh Nevez", un chalutier de dix sept mètres, le premier chalutier à panneaux dans la baie de Lannion. C'est une période faste qui commence : le début de la coquille en baie de Saint-Brieuc pendant l'hiver. Le poisson est abondant jusqu'à une tonne par jour de raies et de congres sur les grands bateaux trébeurdinais des marins comme Le Goff, Audrain, Kervarrec, qui, chacun, emploie cinq hommes d'équipage. C'est pour Robert Broudic et son collègue Michel Kratzof, la période des oursins sur le plateau des Triagoz. Malheureusement, en 1967, le bateau de Robert Broudic (prêté par celui-ci à l'un de ses marins), coule aux Triagoz. Deux hommes sur les trois embarqués, sont portés disparus. Robert, privé de son outil de travail, démarre un élevage d'ormeaux à l'Ile Grande et participe à la création de la coopérative conchylicole Ourmel à Landrellec. Il embarque aussi avec Yves Creignou de Perros, pendant deux saisons (la coquille à Erquy), le temps de faire construire en 1964, un nouveau bateau de pêche "Hirondelle II", un bateau plus modeste en prévision de sa retraite qu'il prend en 1975. Cependant, Ropartz Broudic poursuit une retraite active entre la petite pêche, la politique locale, la radio, l'écriture de nouvelles et surtout la caisse du Crédit Maritime, qu'il va présider pendant de nombreuses années de 1961 à 1978, ainsi que le comité local des pêches de Lannion.

    Robert Broudic a écrit et publié de nombreuses nouvelles et ouvrages de poésie : "Moula Duriou" en 1986, "Gwerz an trov nou" en 1991, publiés dans la revue "Hor Yezh", "En ur Ruilhan bili" en 1986, "Grand red an dou", édité par Barzaz Imprimerie Hamon de Morlaix. Il écrivait des nouvelles sous le pseudonyme de Yann Kadeg dans l'hebdomadaire breton "Ar Vor". Son dernier ouvrage évoque les années 1956, ses campagnes de pêche en Afrique, l'avènement de Sékou Touré, la vie à bord des chalutiers. Il a aussi participé aux veillées bretonnes du Trégor. On peut considèrer que Robert Broudic, celui qui était familièrement appelé l'"avocat", représente une figure rare de marin écrivain de la côte trégorroise, dont l'oeuvre mériterait d'être mieux valorisée.


  2. Poésies inédites de Robert Broudic, collectée auprès de la famille :

    "Pêcheur de lune
    Quand tu la vois
    Au fond de ton filet
    Disque d'argent
    Tremblant au moindre souffle".

    "Tombe la crossée
    S'ouvre la fenêtre
    Sur l'infini du monde
    Et du bout du rêve
    S'échappe la vie
    Le corbeau des mers
    T'apportera sa fleur
    De goémon ruisselant".




Illustrations

Fig. 1
Photographie de Robert Broudic, en qualité d'élève officier en 1937 à l'école de la marine marchande de Saint-Malo (collection particulière)
Fig. 2
Livret d'officier de la Marine Marchande délivrée à Robert Broudic en 1937 (collection particulière)
Fig. 3
Robert Broudic à bord du René Moreux en 1938, en escle au port de Boulogne (collection particulière)
Fig. 4
Photo du Terrneneuvier René Moreux au départ de Saint-Malo en 1938 pour les îles australes (collection particulière)
Fig. 5
Robert Broudic et l'un de ses compagnons aux îles de la Madeleine en 1938, lors d'une pêche de langoustes au casier (collection particulière)
Fig. 6
Le bateau Intron Varia de Robert Broudic armé en 1940 à la petite pêche en baie de Lannion (collection particulière)
Fig. 7
Livret maritime de Robert Broudic en 1986 (collection particulière)

Voir

Trébeurden, Présentation de la commune
Trébeurden, Bateau de pêche "Breiz Nevez"
Trébeurden, Bateau de pêche "Hirondelle II"

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire) / Conseil général des Côtes-d'Armor. Chercheur(s) : Prigent Guy. (c) Inventaire général, 2007 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2007. Renseignements : CID-documentation patrimoine, 6 rue du Chapitre, CS 24405, 35044 Rennes CEDEX, Tél. : 02-99-29-67-61. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (DRAC Bretagne) / Yves Godde (Ville de Lyon)