inventaire préliminaire

Bretagne, Côtes-d'Armor

Trévou-Tréguignec

Front de mer : espaces littoraux remarquables

Type de dossier : ensemble Date de l'enquête : 2008

Désignation

Dénomination : front de mer

Compléments de localisation

Numéro INSEE de la commune : 22379
Aire : Communes littorales des Côtes-d'Armor
Canton : Perros-Guirec
Milieu d'implantation : en écart

Historique

Commentaire historique : Les espaces littoraux remarquables de la commune de Trévou-Tréguignec couvrent une surface totale de 236 ha 91.
Ils sont représentés par cinq grands sites aux caractéristiques suivantes (Fig. 1) :

44/1 Marais du Royau et coteaux avoisinants : 24 ha 55 dont 1 ha 47 en DPM. Ces sites recouvrent un intérêt paysager, botanique et géomorphologique : dunes de galets, zone boisée proche du rivage, marais, zones humides et temporairement immergées. Etat et usages du site : agriculture, drainage, urbanisation limitrophe. La vocation et la gestion proposées par la DIREN et le Service des Espaces Naturels du Dépârtement des Côtes d'Armor sont la conservation du patrimoine biologique et paysager, la réhabilitation des marais, le maintien des pratiques agricoles traditionnelles sur les prairies humides (fauche). L'objectif est d'éviter toute artificialisation supplémentaire du trait de côte.
44/2 Estran rocheux du Royau à Port Le Goff : 131 ha, tout en DPM.
Ces sites recouvrent un fort intérêt paysager, un intérêt géomorphologique, zoologique et algologique : estran, îlot inhabité, concentration naturelle d'espèces animales ou végétales, partie naturelle de site classé, formations géologiques remarquables (queues de comète, filon de dolérite). Etat et usages du site : pêche à pied, plaisance. La vocation et la gestion proposée sont le maintien des équilibres biologiques.
44/3 Marais de Trestel : 28 ha 36. Ce site recouvre un fort intérêt écologique et représente une coupure paysagère (zone humide, concentration naturelles d'espèces animales ou végétales). Etat et usages du site : agriculture traditionnelle, tendance au boisement par le saule). La vocation et la gestion proposées associent la conservation du patrimoine biologique et une gestion conservatoire agricole.
44/4 Vallée de Boisriou et étangs : 44 ha 72. Ces sites recouvrent un fort intérêt paysager et botanique (patrimoine culturel du littoral) : forêts, zones boisées proches du rivage, plans d'eau, zones humides. Etat et usages du site : boisements de feuillu, pêche en étang. La vocation et la gestion proposées associent la conservation des boisements de feuillus, la protection du patrimoine biologique et l'ouverture au public.
44/5 Coteaux et pointes de Port Le Goff : 8 ha 28. Ces sites recouvrent un fort intérêt paysager et géomorphologique : landes côtières, parties naturelles de cap, formations géologiques, falaises du Quaternaire. Etat et usages du site : agriculture, terre-plein portuaire, fréquentation piétonnière. La vocation et la gestion proposées associent la conservation paysagère et biologique, le maintien de l'agriculture et la maîtrise de la fréquentation sur la pointe.
Datation(s) principale(s) : 4e quart 18e siècle ; 19e siècle ; 20e siècle

Description

Etat de conservation : bon état ; inégal suivant les parties

Intérêt de l'oeuvre

Oeuvre repérée

Situation juridique

Statut de la propriété : propriété publique

Vue générale de la plage dunaire du Royau


Documentation

Bibliographie

DIREN BRETAGNE, OUEST-AMENAGEMENT. Les espaces littoraux remarquables des Côtes d'Armor. Rennes, DIREN Bretagne, 1998, p. 166-167.

PINOT, Jean-Pierre. Rapport sur l'évolution du littoral autour de la Baie de Lannion et sur la côte de Granit Rose, SMVM de la Baie de Lannion. Brest : Laboratoire de Géographie de la Mer, UBO, 1993.



Annexes

  1. Le système littoral du Royau
    PINOT, Jean-Pierre, extrait de "Rapport sur l'évolution du littoral autour de la Baie de Lannion et sur la côte de Granit Rose, SMVM de la Baie de Lannion", Brest : Laboratoire de Géographie de la Mer, UBO, 1993.

    "À l'Est du promontoire du Royau, un autre cordon de galets, plus ancien et plus puissant que celui de Saint-Guénolé, ferme un marais d'eau douce, à saules et aulnes ; c'était autrefois un étang appelé Lenn Bras, et il s'appuie à son autre extrémité aux dunes de Crec'h Avel en Penvénan. Il s'agit en réalité d'un double cordon de galets, car ses deux concavités successives s'accrochent, à mi-distance, sur un massif rocheux derrière lequel se trouve la maisonnette en ruines appelée Royoec.

    Seule la concavité Ouest est en Trévou-Tréguignec, l'autre est en Penvénan. Mais, malgré l'ancrage central sur Royoec elles évoluent simultanément, et ce qui affecte l'une se répercute sur l'autre. Or, dans une phase relativement récente de son évolution, l'arc oriental, entre Crec'h Avel et Royoec, a connu un changement complet de son mode d'évolution. Autrefois, il était coupé en deux par ce qui est aujourd'hui la queue de comète de l'île Bruc, et qui était alors un tombolo reliant l'île à la terre ferme. La grève s'accrochait à cette accumulation, qui protégeait l'arc Est contre les houles d'Ouest, l'arc Ouest contre les houles de Nord-Est Chacun des deux reculait lentement, mais si lent qu'ait été ce recul, il a fini par faire décrocher la côte par rapport à l'épi naturel de galets. À partir de ce moment, le recul s'est considérablement accéléré, et il restera très rapide jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul arc ; on n'y est pas encore, et le plan de la grève forme encore une convexité au droit de l'île Bruc. C'est là que ça recule le plus vite, et les interventions de protection entreprises à Penvénan n'arrangent pas les choses, parce qu'elles traitent l'effet et non la cause : la suppression de l'ancrage sur les galets venant de l'île Bruc permet la migration des sables de la plage du camping des Dunes en direction du Sud-Ouest, et le départ des sables de la plage obligeait la dune à reculer pour fournir des matériaux à la plage. On a stoppé le recul du front dunaire par la construction d'un terre-plein, d'ailleurs très bien fait ; mais le résultat est que la plage n'est plus réalimentée, et que, le sable continuant à partir, on a là, selon les saisons, du gravier avec un voile de sable, du gravier mêlé de galets, ou un substrat terreux ; et cela, toujours nettement en contre bas du profil ancien de la plage de sable. Il eût fallu créer, à bien moindres frais, un épi qui, en rejoignant le bout de la queue de comète dé l'île Bruc, aurait à nouveau séparé les deux sous-systèmes en protégeant chacun d'entre eux des houles latérales les plus nocives.
    Cette érosion du sable devant le camping a pour contre partie un apport de sable devant les dunes qui masquent la racine orientale du cordon de galets, et, plus près de Royoec, devant le cordon de galets lui-même. Ces sables débordent même le petit saillant de Royoec, et viennent jusqu'en direction du Royau : c'est à cause de cela qu'il fallait dépasser les limites du S.M.V.M. pour bien comprendre ce qui se passe.
    Du côté du Royau, le cordon de galets ne portait pas de dunes en 1960, mais il offrait de beaux croissants à sa partie sommitale, rarement battue par la mer. Plusieurs indices donnaient alors à penser que ces croissants, dont les galets sont très fortement encroûtés de lichens, remontaient au début du siècle. Depuis lors, ils ont été remaniés deux fois (sauf erreur de ma part) par des tempêtes survenant à pleine mer de grande vive-eau, et les galets superficiels sont bien plus clairs qu'autrefois, c'est-à-dire bien moins encroûtés, parce que récemment bouleversés. Par contre, il y a eu sur le sommet du cordon des apports de sable, alors qu'il n'y avait sur les galets aucune trace de sable autrefois, ni à l'Ouest de Royoec, ni même sur les 200 premiers mètres à l'Est de ce massif. On voit là l'effet du changement survenu à Crec'h Avel : le sable qui manque devant le camping des Dunes est maintenant sur le haut du cordon de galets, ou à son pied, où la maigre plage d'autrefois s'est largement étoffée.
    Cet exemple remarquable de changement de régime dans l'évolution du littoral (il y en a un autre, très comparable, à Corn ar Gazel en Lampaul-Ploudalmézeau) montre qu'une situation à laquelle on ne parvient que progressivement peut, une fois atteinte, déclencher une érosion galopante : ici, comme à Corn ar Gazel, les grèves n'ont reculé que lentement tant qu'elles ont été accrochées à un cordon de galets, mais, une fois décrochées, elles se sont mises à reculer très vite, et ce n'est pas fini".


  2. La plage de Pors Don
    PINOT, Jean-Pierre, extrait de "Rapport sur l'évolution du littoral autour de la Baie de Lannion et sur la côte de Granit Rose, SMVM de la Baie de Lannion", Brest : Laboratoire de Géographie de la Mer, UBO, 1993, p. 17-2.

    La plage de Pors Don (improprement appelée Port le Goff sur la carte de l'I.G.N.) est une petite plage touristiquement insignifiante, peu fréquentée, même au coeur de la saison, encaissée entre deux pointes rocheuses, et adossée à une falaise entaillée dans des dépôts quaternaires. Le sable s'y étend sur 150 m depuis l'ourlet de galets et de cailloux à la base de la falaise jusqu'au bas de l'estran, sans mordre sur l'avant-côte. Il forme selon la plus grande pente une bande à bords parallèles, large de 60 m, entre les deux platiers. Cette bande reçoit son orientation (Nord 15° Est en haut d'estran) de la disposition des affleurements rocheux, non des houles. Aussi la falaise, conforme aux houles, et faisant face au Nord 15° Ouest, forme-t-elle avec l'axe de l'aire sableuse un angle de 30°.
    C'est dans un vallon comblé de débris soliflués que la falaise est taillée. La coupe, presque entièrement masquée par la végétation, ne montre qu'un lambeau de grève ancienne (antérieure à la dernière glaciation) à petits galets roulés. Mais la pointe rocheuse de Crec'h ar Mor, qui sépare cette plage de celle de Trestel, est arasée en plate-forme vers 5 m 50 au-dessus du niveau moyen de la mer. Cette surface d'abrasion est très belle, véritablement polie, avec toutefois des cannelures superficielles. Au-dessus, une falaise est entaillée dans du limon à doublets.
    Quant à la plage actuelle, elle est formée, au-dessus du niveau des P.M.M.E., de sable bien trié, que la taille de ses grains rend tout à fait comparable à celui de l'anse de Keriec. Plus bas, des galets, des cailloux anguleux, et même des blocs sont épars sur le sable. Tout en haut, sur deux ou trois mètres de large au milieu, sur un peu plus de largeur près des pointes (mais ces largeurs varient saisonnièrement), on a une accumulation de blocs et de cailloux manifestement issus de ces pointes, et dont certains dépassent un mètre de largeur. À l'Ouest, cependant, où la falaise est constamment couverte de végétation, et où l'alimentation de la grève est donc ralentie, on a de véritables galets, avec un émoussé passable.
    La plage de Pors Don a été assez fortement atteinte par la marée noire de l'"Amoco-Cadiz" en 1978, mais on a tenté de la garder exempte de tout nettoyage, pour avoir une idée de la vitesse à laquelle une plage moyennement battue retrouve un état correct après une marée noire. Or, elle avait retrouvé pour l'été 1978 un état à peu près identique à celui des plages qui avaient fait l'objet de nettoyages en règle. Seuls les rochers les plus élevés des deux promontoires latéraux ont dû attendre l'hiver suivant pour se débarrasser de leur mazout".


  3. Les falaises du flanc ouest de Trestel
    PINOT, Jean-Pierre, extrait de "Rapport sur l'évolution du littoral autour de la Baie de Lannion et sur la côte de Granit Rose, SMVM de la Baie de Lannion", Brest : Laboratoire de Géographie de la Mer, UBO, 1993, p. 17-3.

    "La pointe de Crec'h ar Mor, qui sépare la plage de Pors Don de celle de Trestel, n'est que l'extrémité d'une crête Nord-Nord-Ouest - Sud-Sud-Est, dont le point culminant (30 m d'altitude) est à 150 m plus au Sud. C'est au flanc Est de cette crête, guidée par la faille qui borde le fossé tectonique, que l'on trouve une falaise, parfois assez haute, qui domine directement la grande plage.
    Le recul de cette falaise sur le très long terme, depuis les quinze ou dix-sept siècles qui nous séparent de l'arrivée de la mer à son niveau actuel, est assez facile à estimer, puisque vraisemblablement la pente du versant se prolongeait, en s'adoucissant progressivement, jusqu'aux roches éparses les plus avancées, à une cinquantaine de mètres de la falaise actuelle : un recul moyen de l'ordre de 3 ou 4 cm par an.
    Pour les deux siècles qui nous séparent du levé de la carte des Ingénieurs Géographes, ce seraient donc 6 ou 8m de recul. Or, bien qu'une si faible distance soit difficile à mesurer rigoureusement sur des cartes levées respectivement au 1/25 000 (pour celle de l'I.G.N.) et au 1/14 400 (pour celle des Ingénieurs Géographes), il me semble que le recul a été plus grand que cela. En tout cas, pour la période d'observation directe, il y a des endroits où il a été bien plus important, certains points étant totalement méconnaissables quand on compare mes photographies de 1959 ou 1960 avec l'état actuel du paysage.
    Seulement, le recul varie énormément d'un point à l'autre de la falaise. Lorsqu'elle est formée de limon presque pur, et massif, le recul est rapide, et certaines années il est dû essentiellement à l'action des oiseaux qui y creusent des nids (on devrait dire des terriers). L'humidité qui s'accumule l'hiver suivant dans le fond des terriers fait effondrer la falaise le long d'un plan vertical qui passe par tous les fonds de terriers : c'est alors un recul d'une trentaine de centimètres. D'autres années, les oiseaux ne nidifient pratiquement pas à cet endroit, et il n'y a aucun recul, sauf un émiettement superficiel.
    Dans d'autres secteurs, la falaise est plus caillouteuse, et les eaux circulent vite dans les dépôts quaternaires. Le recul est bien plus lent, mais comme la mer sape à la base, en creusant des grottes dans les parties les plus tendres de la roche en place (tant là il y a de nombreuses fissures de la roche, que là où se trouve un filon de diabase), le plafond de ces grottes s'effondre brusquement, après avoir tenu des dizaines d'années.
    Il est donc très difficile de calculer une vitesse moyenne de recul, mais ce qui est certain, c'est qu'il y a recul, et qu'avec la pente qu'a le versant au-dessus de la falaise, toute construction en cet endroit serait très imprudente".




Illustrations

Fig. 1
Etat des informations et des réflexions sur les espaces littoraux remarquables de la commune, 1998 (DIREN Bretagne)
Fig. 2
Cartographie des espaces littoraux remarquables de Trévou-Tréguignec, partie sud de la commune, 1998 (DIREN Bretagne)
Fig. 3
Cartographie des espaces littoraux remarquables de Trévou-Tréguignec, 1998 (DIREN Bretagne)
Fig. 4
Dessin : profil des falaises du flanc Ouest de la plage de Trestel (Pinot, SMVM, 1993)
Fig. 5
Dessin : la plage de Pors Don entre Trestel et Port Le Goff (Pinot, SMVM, 1993)
Fig. 6
Vue générale : cordon de galets du Royau
Fig. 7
Vue générale de la plage dunaire du Royau
Fig. 8
L'enrochement de la plage de Poulpry en Trestel
Fig. 9
L'estran de Poulpry
Fig. 10
Habitat littoral en front de mer de la plage de Poulpry
Fig. 11
L'estran rocheux face au 'Chapeau Blanc'

Voir

Trévou-Tréguignec, Présentation de la commune de Trévou-Tréguignec

(c) Région Bretagne, 2008 ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor, 2008. Chercheur(s) : Prigent Guy. Renseignements : Centre de Documentation de l'inventaire, Tél. : 02.99.29.67.61 / 62 / 68. Document produit par Renabl6 : (c) Pierrick Brihaye (Région Bretagne, SINPA) / Yves Godde (Ville de Lyon)